Une vierge ou une jeune femme ?
Benicio del Toro, Michel-Ange et des manuscrits grecs et
hébreux pour revenir sur la célèbre prophétie d’Isaïe.

Saison 1 Episode 38
◷ 5 minutes et 15 secondes

La pépite

Dans Snatch, des braqueurs déguisés en juifs ultra-orthodoxes dissertent dans l’ascenseur sur la traduction de la prophétie d’Isaïe 7. L’enjeu théologique vous sera expliqué juste après, mais d’abord profitez de l’accent délicieux de Benicio del Toro — on vous a mis les sous-titres en français ! 🎬

Le texte biblique

Cette semaine nous vous présentons les versions hébraïque et grecque de la prophétie d’Isaïe 7. Ce texte écrit en consonnes hébraïques plusieurs siècles avant JC, a été traduit en grec par les Juifs d’Alexandrie également avant JC. Lisez et observez un peu les différences !

HEBREU

Et [Isaïe] dit :
– C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici que la jeune femme a conçu et elle enfante un fils et elle appellera son nom Dieu avec nous [Emmanuel]. Car avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays dont tu redoutes les deux rois sera dévasté. YHWH fera venir sur toi et sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours tels qu’il n’en est pas venu depuis le jour où Éphraïm s’est séparé de Juda — le roi d’Assyrie. 

GREC

Et [Isaïe] dit :
– C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici que la vierge aura dans le sein et elle enfantera un fils et tu appelleras son nom Emmanuel. Car avant même que cet enfant sache ce qui est bien et ce qui est mal, il aura repoussé la méchanceté pour choisir le bien, et le pays que tu crains sera débarrassé de la figure des deux rois. Mais Dieu fera venir sur toi et sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours tels qu’il n’en est pas venu depuis le jour où Éphraïm enleva de Juda le roi d’Assyrie.

Chapitre 7, 14-17 du Livre d’Isaïe dans l’Ancien Testament.
Traduction BEST 0.1.

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L’éclairage

Salvador Dalí (1904-1989), La Madonna de Port Lligat (huile sur toile, 1950),
Musée d’art de Fukuoka, Japon.

| Un texte. Deux versions. Grosse différence 🙄|

  • À gauche, le texte massorétique, fixé par les « massorètes », sages scribes entre le 6ème et 10ème siècle avant Jésus-Christ, rapporte qu’une « jeune femme » va donner naissance à un fils ;
  • Tandis qu’à droite, le texte de la Septante, la traduction grecque faite par les juifs d’Alexandrie, dans les derniers siècles avant JC, rapporte que « la vierge » donnera naissance à un fils.

Une telle différence est lourde de sens. C’est exactement ce dont dissertent les personnages du film de Guy Ritchie dans l’extrait présenté plus haut aujourd’hui.

Michel-Ange (1475-1564), La Pietà (statue en marbre, 1498),
Basilique Saint-Pierre, Vatican.

| Les traducteurs en Egypte se sont-ils plantés ?|

  • Pour l’évangéliste Matthieu (Mt 1, 23) qui lit le texte grec, « vierge » (parthenos) annonce la venue du Christ né de la Vierge Marie ;
  • Or le texte hébreu massorétique dit « jeune femme » (alma, qui peut signifier « vierge », mais pas nécessairement). Pour beaucoup d’interprètes le texte parle seulement de la naissance d’Ezéchias, fils du roi Achaz, contemporain d’Isaïe.

Alors, faut-il penser que les traducteurs d’Alexandrie se sont trompés en réduisant le sens de « jeune femme » à celui de « vierge » ? En tout cas, ils ne pouvaient pas le faire dans le but d’accréditer le christianisme, puisqu’ils traduisaient des siècles avant Jésus-Christ. Ne serait-il pas possible que l’inspiration divine les ait poussé à préciser les choses (de « jeune femme » à « vierge), et à transformer ainsi l’ancienne annonce royale en une prophétie de la venue de Jésus ? C’est en tout cas ce que les évangélistes ont cru.

| CONCLUSION |

Un même passage des Écritures, selon les langues dans lesquelles l’Esprit a soufflé, peut nourrir des espérances diverses.

Francisco de Zurbarán (1598-1664), La Inmaculada Concepción (huile sur toile, 1661),
Musée des beaux-arts, Budapest, Hongrie.

| 🎨 Explication du tableau |

Maître du Siècle d’or espagnol, Zurbarán montre la Vierge drapée dans une tunique d’une blancheur immaculée. C’est le symbole de sa virginité — elle a conçu Jésus sans intervention d’un homme —, et de sa pureté — elle demeure sans péché de sa conception à sa mort. Mère du Messie, elle est aussi couronnée de 12 étoiles qui symbolisent les 12 tribus d’Israël, les 12 disciples, et qui finiront sur le drapeau européen !

Le mot de la fin

Puisque nous évoquons la Vierge cette semaine, nous avons ressorti de notre bibliothèque cette très belle citation de Bernanos qui souligne la venue inattendue d’un Dieu naissant d’une Vierge dans le secret :

« Elle est notre mère, c’est entendu. Elle est la mère du genre humain, la nouvelle Ève. Mais elle est aussi sa fille. […] Mais va donc empêcher les imbéciles de refaire à leur manière le ‘drame de l’incarnation’, comme ils disent ! Alors qu’ils croient devoir, pour le prestige, habiller en guignols de modestes juges de paix, ou coudre des galons sur la manche des contrôleurs de chemin de fer, ça leur ferait trop honte d’avouer aux incroyants que le seul, l’unique drame, le drame des drames – car il n’y en a pas d’autres — s’est joué sans décors et sans passementeries. Pense donc ! Le Verbe s’est fait chair, et les journalistes de ce temps-là n’en ont rien su ! »

Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Paris, 1936.

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