À quoi ressemble Jean-Baptiste physiquement ?

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Que mange Jean-Baptiste ? Quel est le style de Jean le Baptiste ? Comment s’habille-t-il ? Pourquoi Jean-Baptiste est un prophète ?

4 minutes et 21 secondes avec Billy Preston, Carlo Crivelli, Alvise Vivarini et Le Tintoret
Dernière mise à jour -  
12/1/2026

Billy Preston célèbre “John the Baptist” en musique

Pour commencer on vous propose un peu de soul pour ouvrir le bal et bercer notre douce lecture.

Dans son album The Kids & Me sorti en 1974, Billy Preston nous gratifie d’un morceau cousu-main pour introduire notre personnage du jour : John the Baptist.

Pour les français un peu durs de la feuille, on parle bel et bien du fils d’Élisabeth et Zacharie, c’est-à-dire de Jean, Jean le Baptiste, JB, Jean-Baptiste.

Et aujourd’hui on va apprendre à très très bien le voir en peinture.

Le texte biblique qui décrit le style de Jean-Baptiste

Voici le meilleur texte possible pour pouvoir à tous les coups repérer JB dans un tableau religieux ou une sculpture ou un truc artistique.

En ces jours-là survient Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée et disant :
— Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché.

C’est lui en effet qui a été annoncé par le prophète Isaïe, disant : « Voix de celui qui crie dans le désert : "Préparez le chemin du Seigneur ! Rendez droits ses sentiers !" »

Ce même Jean avait son vêtement en poil de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins. Sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage.

Alors sortaient vers lui Jérusalem, toute la Judée et toute la région autour du Jourdain. Et ils se faisaient baptiser dans le Jourdain par lui, en confessant leurs péchés.

Évangile selon saint Matthieu, chapitre 3, versets 1 à 6. Traduit du grec par les équipes du programme de recherche La Bible en ses Traditions.

Pourquoi des poils de chameau, une ceinture de cuir et un régime de sauterelle et de miel sauvage ?

Aujourd’hui on vous propose un éclairage centré sur un seul petit verset... celui qu'on a mis en gras.

Carlo Crivelli (vers 1435-1495), Saint Jean-Baptiste (1476, tempera et or sur bois, 139 x 40 cm), National Gallery, Londres (Royaume-Uni). Domaine public.

Pourquoi JB est-il habillé en poils de chameau ?

Au rayon garde-robe de prophète du désert, je demande la pièce maîtresse (ça fait sous-vêtements, pantalon, veste et manteau, tout-en-un) :

« Jean avait son vêtement en poil de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins. » (Mt 3, 4)

Première remarque : on est loin des tissus délicats comme la soie et des étoffes douces comme le velours. A priori, les sapes de JB, c’est pas très agréable à porter — et ça doit vachement gratter, ou chameausement picoter.

On pourrait en rester à ce niveau ras-des-pâquerettes, mais on ne dit pas grand-chose. Et vous nous voyez venir : oui… les poils de chameau, il y a beaucoup à en dire… et c’est très symbolique dans l’Ancien Testament !

Car le vêtement de poils de chameau, même au tout début du premier siècle en Galilée, eh bah c’est très peu commun… et totalement anachronique !

En fait, en se présentant de la sorte (et en étant décrit comme tel par l’évangéliste), Jean-Baptiste fait clairement et immédiatement référence à deux grands prophètes de l’Ancien Testament. Certains même ont pensé qu’il était peut-être le prophète Élie dont on attendait le retour pour la fin des temps, à en croire l’annonce du prophète Malachie.

« Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères » (Ml 3, 23-24)

Juste pour donner de l’eau à notre moulin et étayer le parallèle entre JB et Élie, sachez que le look de JB ressemble effectivement et à s’y méprendre… au look du prophète Élie :

« Le roi dit : “Quel était l’aspect de l’homme qui est monté à votre rencontre et vous a dit ces paroles ?” Ils dirent : “Un homme vêtu de poils, avec une ceinture de cuir autour des reins.” Et il dit : “C’est Élie le Tishbite !” » (2R 1, 8)

Symbolique des vêtements en poils de chameau : check !

On continue !

Domínikos Theotokópoulos, dit Le Greco (1541-1614), Jean le baptiste (1610, huile sur toile 78 x 56 cm), localisation inconnue. Collection particulière. Domaine public.

Quelle est la symbolique de la ceinture de cuir ?

Au rayon garde-robe de prophète du désert, je demande le petit accessoire de mode qui fait la différence :

« une ceinture de cuir autour de ses reins » (Mt 3, 4)

Maintenant que vous comprenez que l’évangéliste Matthieu glisse habilement des références au détour d’une description pseudo-anodine, on continue.

Ici, il ne se contente pas de dire que Jean-Baptiste porte une ceinture...  Non, il précise soigneusement : « ceinture // de cuir // autour des reins ».  Et en l’occurrence… what a surprise… c’est à nouveau une maxi ref à l’Ancien Testament !!!

« Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. » (Ex 12, 11)

L’évangéliste Matthieu fait donc référence à la posture décrite au moment de la nuit de Pessah (la Pâque juive), à l’issue de la 10e plaie d’Égypte, au soir de la libération du peuple hébreu.

Jean-Baptiste est donc d’emblée présenté dans un contexte « pascal » (c’est-à-dire lié à la Pâque… et plus tard à Pâques, avec la Passion du Christ), en lien avec la nuit où le peuple a dû partir vers le désert et traverser les eaux de la mer Rouge (et ici traverser l'eau du Jourdain).

Enfin, l'expression « ceinture aux pieds et bâtons à la main » désigne la disposition du croyant qui se tient prêt. Prêt à partir, prêt à servir. Bref, JB est prêt, il a son tablier, son bleu de travail.

Symbolique de la ceinture de cuir autour des reins : check !

Next.

Alvise Vivarini (vers 1442-1505), Saint Jean-Baptiste (vers 1475, tempera et huile sur bois, 48 × 33 cm), Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid (Espagne). Domaine public.

Et les sauterelles alors ?

Au rayon régime alimentaire de prophète du désert, je demande le plat de résistance : des sauterelles.

« il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage » (Mt 3, 4)

Dans le référentiel biblique (et en particulier pour un lecteur juif), le seul mot « sauterelles » suffit à allumer une méga alarme et à penser aussitôt… à la 8e plaie d’Égypte, au cours de laquelle une nuée de sauterelles dévastatrices s’abat sur tout le pays.

« Les sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur toute l’étendue  de l’Égypte, en si grand nombre qu’il n’y avait jamais eu autant de sauterelles et qu’il n’y en aura plus après. Elle couvrit la surface de tout le pays et le pays fut obscurci ; elle dévora toute herbe du pays et tout le fruit de l’arbre, ce qu’avait laissé la grêle il ne resta rien de vert sur les arbres ni sur toute herbe des champs dans tout le pays d’Égypte. » (Ex 10, 14-15)

Comme vous le devinez, le fait de présenter Jean-Baptiste comme un mangeur de sauterelles… n’a aucun rapport avec un mode de vie survivaliste.

On peut interpréter ce détail comme un symbole pour montrer que JB engloutit la menace meurtrière. Autrement dit, il gobe l’adversaire, il n’en fait qu’une bouchée. Comme on dirait aujourd’hui dans les cours de récré : « les sauterelles c’est de l’eau ».

Symbolique de manger des sauterelles : check !

Vlaho Bukovac (1855-1922), Saint Jean-Baptiste le précurseur (1895, huile sur toile, 140 x 90 cm), Moderna Galerija, Zagreb (Croatie). Domaine public.

Et le miel du coup ?

Au rayon régime alimentaire de prophète du désert, je demande le dessert : du miel.

Et là rebelote, pour un lecteur un tantinet familier avec les Écritures, et pour un lecteur juif à plus forte raison… ce détail fait allumer toutes les alarmes !!

En effet, dans la tradition juive, le miel est un symbole fondamental qui renvoie en particulier à 2 choses :

  • la Terre Promise, presque toujours qualifiée comme « pays où coule le lait et le miel » : « Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel » (Ex 3, 8)
  • et la Parole de Dieu, décrite comme « douce comme le miel » : « Les paroles aimables sont un rayon de miel : douces au palais, elles redonnent des forces. » (Pr 16, 24)

Cerise sur le gâteau (ou miel dans la tisane), le texte précise qu’il s’agit de miel « sauvage ». Autrement dit, Jean-Baptiste profite d’un miel non produit par des hommes. Ce miel lui est gracieusement offert — par Dieu, peut-on lire entre les lignes. En dernière instance, la nourriture de Jean-Baptiste a tout l’air d’être entièrement tournée vers l’histoire du peuple élu… Bref : JB, digne héritier de son peuple.

Symbolique de manger du miel sauvage : check !

Et voilà !!!!!

Désormais lors de votre prochaine déambulation au musée ou dans l'église du coin, vous ne louperez pas le fameux Jean-Baptiste, avec son style bien à lui. D'ailleurs il y a encore tellement de trucs à dire qu'on en parle encore dans cet article !

PS : pour savoir pourquoi il tient presque toujours un bout de bois dans la main et fait un signe du doigt pour désigner quelqu'un de l'autre... réponse ici avec Leonardo Da Vinci ou encore avec Coldplay et Saint-Exupéry (bonus rime en -i et c'est fini voilà merci) !!

Domenico Tintoretto (1560-1635), Saint Jean-Baptiste (vers 1580, huile sur toile, 137 x 105 cm), Musée du Prado, Madrid (Espagne). Domaine public. Il faut croire que le régime « sauterelle + miel » est hyperprotéiné, vu comment JB est tanké.

Le mot de la fin ✍️

On ne peut pas parler de « Jean le Baptiste » sans parler de Jésus (on vous renvoie aux articles en-dessous). Alors on termine ce numéro avec une citation fleuve (sic) à propos de l’eau tout au long de la vie de Jésus. Et on dit merci à Erri De Luca, romancier italien polyglotte qui lit la Bible en VO en hébreu dans le texte. Et qui écrit ça :

« Jésus aime l'eau. Il se fait baptiser par Jean-Baptiste, dans le Jourdain, il fait son premier miracle à Cana, selon Jean, en obtenant du vin à partir de l'eau. Il choisit ses apôtres parmi les pêcheurs, alors que jusque-là le métier sacré était symbolisé par le berger. Il accomplit le miracle de marcher sur l'eau. Il annonce à la Samaritaine, rencontrée près du puits, que celui qui boit l'eau qu'il fournit n'aura plus soif. Jésus aime l'eau et naturellement il aime le verset d'Isaïe et son invitation : "Oh vous, tous ceux qui ont soif, venez à l'eau et ceux qui manquent d'argent : venez, buvez et mangez sans argent" (Is 55, 1).

C'est l'eau de son annonce, de l'eau pour tous, bénie depuis toujours en terre de sécheresse. Jésus aime les versets d'Isaïe, au même chapitre 55, quand Dieu affirme que ses paroles sont comme pluie et neige, qui descendent et ne reviennent pas en arrière. Ainsi sera ma parole qui est sortie de ma bouche, elle ne reviendra pas à moi vide (Is 55, 11).

Les eaux ont un sens comme les mots, elle descendent et se perdent en grande partie dans la mer et sur la terre. Jésus veut que ses paroles soient dites et pensées pour qu'elles se répandent comme des eaux courantes. Il a voulu ne rien écrire, il n'a pas voulu de secrétaires pour prendre des notes. Ceux qui le pouvaient retenaient par cœur. Il ne voulait pas enfermer l'eau dans une cage. Jésus savait que les mots dans la bouche ont plus de valeur que ceux qui sont écrits, comme la musique exécutée vaut plus que la partition qui la fixe. Il se servait de sa voix avec impétuosité, comme des ruisseaux inattendus dans le désert de Neghev, selon une des images frappantes d'Isaïe, le plus grand poète de Dieu.

Tout au long des Évangiles, nous lisons les jets d'un discours qui fut torrentiel. Une providence fait ressembler ces écrits à des citernes d'eau de pluie, qui retiennent du moins quelque chose selon leur capacité. Nous ignorons le timbre de sa voix et l'hébreu et l'araméen, ses langues, n'existent même plus. Et pourtant, les Évangiles ont suffi à ne pas faire oublier les paroles de celui qui ne voulut pas écrire ni laisser écrit. Celui qui n'a pas la foi ne se désaltère pas. Mais celui qui a la grâce de l'avoir est lié par un devoir énorme : donner de cette eau bue un témoignage tout au long de sa vie. Ce faisant, il remplit les pages que les Évangiles ont dû laisser vides. Ce faisant, il rapporte à la surface l'eau qui s'est perdue hors des citernes.»

Erri De Luca, Noyau d’olive, Paris, Gallimard, 2006, p. 85-86

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