Pourquoi Marthe et Marie sont-elles célèbres dans la vie de Jésus ? Jésus fait-il du favoritisme ? Comment interpréter cet épisode complexe ?

Dans le romain The Handmaid's Tale (La Servante écarlate), écrite par Margaret Atwood et adapté en série (désormais sur Netflix), les « Marthas » sont les femmes qui entretiennent la maison et s’occupent de toutes les tâches domestiques.
Pourquoi on vous parle de ça ? Eh bien parce que c’est totalement une référence biblique… liée à la figure de Marthe dans l’évangile de Luc.
Et vous savez quoi ? Dans la série Netflix, l’épisode 2 de la saison 3 s’intitule carrément « Mary et Martha »… reprenant le duo de soeurs le plus célèbre de l’évangile (en français : Marthe et Marie).
Allez, direction l’évangile de Luc pour découvrir la ref. Et préparez-vous bien, car ce texte est connu pour être coriace et pour nous énerver !
Jésus vient d'avoir une discussion avec des pharisiens et des scribes : c’est là qu’il raconte la célèbre parabole du « bon samaritain ». Puis, en rentrant de Jérusalem, il s'arrête chez son amie Marthe.
Comme ils faisaient route, Jésus entra dans un village, et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Et celle-ci avait une sœur appelée « Marie » qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Se présentant, elle dit :
— Seigneur, tu ne te soucies pas que ma sœur me laisse, seule, servir ? Dis-lui donc de m’aider.
Mais répondant, Jésus lui dit :
— Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses, pourtant, il est besoin d’une seule chose. C’est Marie qui a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas enlevée.
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Pour bien analyser cet épisode, reprenons simplement le déroulé en 5 éléments-clés :

Avant d’attaquer l’analyse de ce passage célèbre qui ne cesse pas de nous donner du poil à gratter, faisons un pas de côté : prêtons attention à un petit détail qui est en fait une clé de lecture pour tout le passage.
Qui est l’invité ? Et qu’est-ce que l’hospitalité ?
« Comme ils faisaient route, Jésus entra dans un village, et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. » (Lc 10, 38)
C’est la première phrase de ce passage. Et elle tient en germe tout ce qui suit ensuite.
La scène se déroule chez Marthe. C’est elle qui invite et accueille dans sa maison. On peut donc en déduire son amitié avec Jésus, mais aussi et surtout sa générosité pour mettre à dispo son toit, son salon, sa cuisine et ses biens (comme dans le tableau de Joachim Beuckelaer ci-dessous).
En bref, cet épisode n’est pas une binaire opposition entre le service (Marthe) et la prière (Marie).
Ce texte interroge la définition même de l'accueil. Comment bien recevoir Jésus ?
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Tandis que Marthe s’offusque de la non-participation de Marie aux tâches courantes (à commencer par la cuisine, d’après l’interprétation traditionnelle et les innombrables tableaux)... Jésus lui adresse une réponse extrêmement déstabilisante !
Pourquoi Marthe est-elle rembarrée par Jésus ? Pourquoi Marie a-t-elle droit à la « bonne part » ?
En effet, c’est Marthe (à l’inverse de Marie) qui se plie en quatre pour préparer la bouffe, nettoyer le logis, contacter le voiturier ou refaire la toiture et le ramonage avant l’hiver prochain… Alors, pourquoi Jésus a-t-il cette réaction surprenante ?
En fait, le parallèle n’est pas tout à fait exact. Et ça change tout.
Marthe n’est pas seulement dans le feu de l’action… elle est « absordée » (ou « préoccupée » dans d’autres traductions), c'est-à-dire accaparée par ce qu'elle doit faire… et absente. Littéralement, elle n’est pas à l’écoute se son invité.

Finalement, cet épisode nous bouscule car on a spontanément tendance (comme lecteurs) à se mettre à la place de Marthe et à jalouser un poil la position de Marie.
Mais on peut aller encore plus loin dans l’interprétation. Jésus est-il féministe et moderne ? À bien des égards, oui !!
Assise aux pieds de Jésus, Marie se place en situation de disciple. Pour l'époque, c'est une révolution : une femme accède à l'enseignement de la Loi.
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Évidemment, le service de Marthe n'est pas sans valeur. Il est même essentiel. Mais à ce moment-là, sa tâche l'obnubile tellement qu'elle en oublie la présence de Jésus auprès d'elle.
Alors… qu’est-ce que la « bonne part » évoquée par Jésus ? Eh bien c’est la compagnie de Jésus, nouée dans l’accueil et dans l’écoute.
Finalement, Luc ne fait pas une simple opposition entre Marthe et Marie, entre l'action et la contemplation. Il rapporte surtout les paroles de Jésus — qui appelle à une juste disposition du cœur pour l’accueillir comme il se doit… en se tenant disponible.

Dans un sermon centré sur cet épisode, Saint Augustin s’attache à montrer comment Marthe « nourrit » Jésus… tandis que Marie « est nourrie » par lui.
« Pour préparer un repas au Sauveur, Marthe s’occupait de soins nombreux. Marie sa sœur aima mieux être nourrie par lui ; elle laissa donc Marthe aux occupations multipliées du service, et pour elle, elle s’assit aux pieds du Seigneur et écoutait tranquillement sa parole. Docile et fidèle, elle avait entendu ces mots : “Cessez et voyez que je suis le Seigneur” (Ps 45, 11) ».
Saint Augustin (354-430), Sermons, Œuvres complètes de saint Augustin, éd. sous la direction de M. Raulx (traduction française), Paris, Louis Vivès, 1866-1873. Sermon 103 (CIII), §3 : “Marthe et Marie ou l’unique nécessaire"

Marthe et Marie sont deux sœurs amies de Jésus dans l’Évangile de Luc. Marthe accueille Jésus dans sa maison tandis que Marie s’assoit à ses pieds pour écouter son enseignement. Cet épisode célèbre interroge la manière d’accueillir Jésus et oppose moins l’action à la contemplation qu’une certaine disposition du cœur.
Jésus ne critique pas le service de Marthe, mais le fait qu’elle soit « absorbée » et préoccupée au point d’en oublier sa présence. À l’inverse, Marie se rend pleinement disponible à Jésus en l’écoutant comme une disciple. La « bonne part » choisie par Marie désigne donc avant tout l’écoute et la relation avec le Christ.
Quand Jésus affirme que « Marie a choisi la bonne part », il souligne l’importance de se tenir auprès de lui dans l’écoute et la disponibilité intérieure. L’Évangile ne condamne pas l’action ou le service, mais rappelle que l’essentiel est la relation avec Jésus, au cœur même de l’accueil et de l’hospitalité.
Assise aux pieds de Jésus, Marie adopte la posture traditionnelle du disciple qui reçoit un enseignement. Dans le contexte de l’époque, cette scène est profondément novatrice : Jésus reconnaît à une femme la place de disciple à part entière, capable d’écouter et de recevoir l’enseignement de la Loi.