Qui est Jean-Baptiste ? Quelle est sa mission ? Pourquoi ne fait-il pas comme son père Zacharie ?
"I was sent to tell you that the Son of God is coming now /
And this is the minute that John the Baptist was born for"
Dans son album sorti en 1973 intitulé The Gospel Road, Johnny Cash dédie un bref morceau à la figure de Jean le Baptiste.
Il reprend et résume l’épisode central que l’on étudie aujourd’hui autour de cette phrase : « Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi »… Mais qui est ce quelqu’un qui vient après JB ?
Dans l’évangile de Matthieu, le chapitre 1 retrace une longue généalogie. Le chapitre 2 raconte la fuite en Égypte et l’installation de Marie, Joseph et Jésus dans la ville de Nazareth. Le texte qui suit ouvre le chapitre 3 et voilà qu’arrive un nouveau personnage…
En ces jours-là survient Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée et disant :
— Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché.
C’est lui en effet qui a été annoncé par le prophète Isaïe, disant : « Voix de celui qui crie dans le désert : "Préparez le chemin du Seigneur ! Rendez droits ses sentiers !" »
Ce même Jean avait son vêtement en poil de chameau et une ceinture de cuir autour de ses reins. Sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage.
Alors sortaient vers lui Jérusalem, toute la Judée et toute la région autour du Jourdain. Et ils se faisaient baptiser dans le Jourdain par lui, en confessant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens venir au baptême, il leur dit :
— Engeance de vipères, qui vous a montré comment fuir devant la colère qui vient ? Faites donc un fruit digne du repentir. Et ne prétendez pas dire en vous-mêmes : "Nous avons pour père Abraham" car je vous dis que Dieu peut, de ces pierres, susciter des enfants à Abraham. Déjà, la hache est posée à la racine des arbres tout arbre donc qui ne fait pas de bon fruit est coupé et jeté au feu. Pour moi, je vous baptise dans l’eau pour le repentir, mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi. Lui dont je ne suis pas digne de porter les sandales, lui-même vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu. Il a la pelle à vanner dans sa main et il purifiera son aire et il rassemblera son blé dans le grenier ; quant aux bales, il les brûlera dans le feu qui ne s’éteint pas.
Comme le rapporte le début de l’évangile de Luc (qui est le seul à donner un peu de détail à ce propos), Jean-Baptiste est le fils d’Élisabeth et de Zacharie.
Or, Zacharie n’est pas n’importe qui dans la communauté juive de l’époque… il est « prêtre ». Autrement dit, il occupe un fonction religieuse qui lui donne une autorité et une responsabilité, en particulier celle d'accomplir une ou deux semaines par an les sacrifices au sein de l’enceinte la plus sacrée : le Temple de Jérusalem.
À l’époque, l'identité de cohen (le « prêtre » en hébreu) se transmettait de père en fils, au sein de la tribu de Lévi (qui a donné le terme de « lévites »… ainsi que la marque de jeans Levi's, pour l'anecdote). Ce n'est donc avant tout ni un travail ni une fonction que l'on pouvait s'attribuer. On naît cohen.
On pourrait donc s’attendre à ce que Jean-Baptiste prenne la suite de son père Zacharie, avec le faste de l’encens et du Temple de Jérusalem.
Mais non. Jean-Baptiste choisit une autre voie… et part dans le désert.
Alors... Pourquoi JB n'a-t-il pas exercé au Temple ? C'est la question et le point crucial de cet épisode. Les Pères de l'Église donnent deux raisons majeures à cela (souvent liées à sa vie dans le désert) :

« En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : “Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche.” » (Mt 3, 1-2)
Petit moment géographie : le « désert de Judée » dont parle l’évangile de Matthieu désigne en fait la région qui se situe entre le fleuve Jourdain et la ville de Jérusalem.
Pour être tout à fait rigoureux, cette région n’est pas un désert de sable à la manière du Sahara, c'est un petit désert de rocs que l'on peut traverser en une journée. C'est un désert proche de Jérusalem et de Jéricho... et il est très fréquenté (coucou les gens, les grottes et le manuscrits de Qumrân) !
Jean-Baptise était bien au bord du Jourdain, dans le désert, c'est une réalité historique probable — mais pour lui ce désert, comme pour les prophètes, revêt une signification symbolique. En effet, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, le « désert » est souvent un lieu d’épreuve et d’expérience spirituelle (à l’image des 40 ans d’errance du peuple hébreu pendant l’Exode), ou encore d'intimité avec Dieu.
Autrement dit, en parlant de désert, Jean-Baptiste a choisi volontairement un « décor » éminemment symbolique… lié au thème de la conversion, du silence et du dialogue avec Dieu. On est donc prévenu… il va sans doute se passer des choses avec ce fameux « Jean qui baptise les gens », alias Jean le Baptiste.

En plus du désert, l’évangéliste Matthieu nous donne d’emblée de gros indices pour bien comprendre que ce Jean est une figure fondamentale… Aujourd’hui, on parlerait carrément de citation !
« Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : “Voix de celui qui crie dans le désert : ‘Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers’” » (Mt 3, 3)
Ici, l’évangéliste fait clairement une relecture : il actualise un texte de l’Ancien Testament pour l’associer à la figure de Jean-Baptiste. Pour le dire grossièrement, l’évangile de Matthieu dit : vous voyez le Livre d’Isaïe… et bien il annonçait JB !!
« Une voix crie : "Dans le désert préparez un chemin de YHWH, aplanissez dans le steppe une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit relevée, toute montagne et toute colline abaissées : que la hauteur devienne une plaine, et les roches escarpées un vallon !" » (Is 40, 3-5)
Mais ce n’est pas tout… Car, à suivre l’interprétation de l’évangile de Matthieu, le Livre d’Isaïe annonce Jean-Baptiste… qui lui-même annonce quelqu’un d’autre.
Or, « annoncer quelqu’un d’autre », quand on va dans le désert et qu’on mange des sauterelles et du miel et qu’on est habillé en poils de chameau… eh bah ce « quelqu’un d’autre » s’appelle souvent Dieu ou Messie.
En l’occurrence, pour les évangélistes, cet homme que Jean-Baptiste annonce et montre du doigt, c’est à la fois Dieu et le Messie. Et il s’appelle Jésus.
Et dans le tableau de Jacob Jordaens (ci-dessous), JB a vachement l'air de nous prendre à parti avec son regard pénétrant... pour nous indiquer « l'Agneau de Dieu » qu'il pointe de l'index !

Finalement, par son accoutrement, par son régime alimentaire ou encore par ses prises de parole vigoureuses, Jean-Baptiste se présente de manière évidente et éclatante comme... un prophète... qui annonce la venue de Jésus.
Et on laisse à Marie-Noëlle Thabut le soin de terminer dans le mot de la fin !
Parfois on lit des trucs et on a rien de mieux à dire. Alors autant vous les passer tels quels :
« Comme les prophètes de l’Ancien Testament, Jean-Baptiste a un double langage, doux, encourageant pour les humbles, dur, menaçant pour les orgueilleux.
Le but, c’est de rassurer les petits, mais de réveiller ceux qui se croient arrivés, comme on dit... ou plus exactement d’attirer leur attention sur leurs comportements. Par exemple, plus qu’une insulte, l’expression “Engeance de vipères” est une mise en garde : cela revient à dire “vous êtes de la même race que le serpent tentateur”. »
Marie-Noëlle Thabut, Commentaire sur l’évangile de Matthieu, issu d’une émission KTO.
