Quel est le rôle du prophète Jean-Baptiste ? Que dit l’Ancien Testament ? Baptiste est-il le nom de famille de Jean ? Pourquoi le baptême de Jésus est-il une manifestation de la Trinité ?
Casting de stars pour ouvrir le bal aujourd’hui.
Dans le film O Brother, Where Art Thou? réalisé en 2000 par les frères Joel et Ethan Coen, trois personnages — Delmar, Pete et Ulysse (incarné par un certain George Clooney) — s’enfuient de prison.
Dans leur échappée, ils rencontrent notamment une foule de gens marchant vers un homme au milieu d’une rivière. Face à un tel spectacle, Delmar se sent pousser des ailes et court lui aussi pour se faire immerger…
En fait, toute cette scène est évidemment inondée de références bibliques, à commencer par la plongée dans l’eau qui symbolise le baptême…
Bref, un grand moment de cinéma, sublimé par la bande-originale d’Alison Krauss ! Allez, on vous laisse savourer puis on se penche sur le passage de l’évangile de Marc racontant… le baptême de Jésus.
Ce passage est le tout-début de l’évangile de Marc. Étonnamment, il ne commence pas avec le récit de la naissance de Jésus. Non, il commence d’emblée au moment de l’âge adulte de Jésus, en évoquant un autre personnage : Jean le Baptiste.
Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu.
Comme il est écrit dans les prophètes : "Voici, j’envoie mon messager devant ta face qui préparera ton chemin devant toi. Voix de celui qui crie dans le désert : 'Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers'."
Jean parut, baptisant dans le désert et prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. Et sortaient vers lui tout le pays de Judée et les habitants de Jérusalem, et tous étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain, en confessant leurs péchés. Jean était vêtu de poils de chameau et une ceinture de peau autour de ses reins et il mangeait des sauterelles et du miel sauvage.
Et il prêchait, disant :
— Vient un plus fort que moi après moi dont je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau, mais lui vous baptisera dans l’Esprit Saint.
Et il arriva en ces jours-là que Jésus vint de Nazareth de Galilée et fut baptisé dans le Jourdain par Jean.
Et, remontant aussitôt de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendant sur lui. Et il y eut une voix des cieux :
— Tu es mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu.

Cousin de Jésus et dernier des prophètes qui annoncent l'arrivée du Messie, Jean-Baptiste est l’une des plus grandes figures des évangiles. Il est cité par les quatre évangiles. En histoire de l’art, il est assez facile à reconnaître.
Voici 5 éléments traditionnels qui permettent de le distinguer :

Maintenant qu'on peut repérer notre homme sans souci, revenons à l'évangile de Marc.
« Comme il est écrit dans les prophètes : "Voici, j’envoie mon messager devant ta face qui préparera ton chemin devant toi. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers." Jean parut, baptisant dans le désert et prêchant un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. » (Mc 1, 2-4)
Ici, l’évangéliste fait référence à une prophétie énoncée dans le Livre de Malachie (Ml 3, 1), dans l'Ancien Testament suivie d'une prophétie du livre d'Isaïe:
« Une voix crie : "Dans le désert, préparez un chemin de YHWH, aplanissez dans le steppe une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit relevée, toute montagne et toute colline abaissées : que la hauteur devienne une plaine, et les roches escarpées un vallon !"
Une voix dit : "Crie ! [...] Monte sur une haute montagne, Sion, toi qui portes la bonne nouvelle, élève ta voix avec force, Jérusalem, toi qui portes la bonne nouvelle, élève-la, ne crains pas, dis aux villes de Juda : Voici votre Dieu" » (Is 40, 3-9)
Cette prophétie annonce la venue d’un témoin envoyé pour disposer le peuple à accueillir le Messie. Dans le Livre d’Isaïe, la venue du témoin est présentée comme une voix qui s'élève et qui crie.
Cette voix est convaincue et ne peut garder pour elle le message qui lui est confié. Quel est le rapport entre JB et Isaïe ? Eh bien selon l’interprétation des évangélistes du Livre d'Isaïe :
Une fois de plus, cet accomplissement des prophéties dans les évangiles souligne explicitement le lien fondamental qui unit l’Ancien et le Nouveau Testament !
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Pour conclure, penchons-nous sur la fin de l'épisode. Ici, l’évangile de Marc raconte une scène exceptionnelle de densité : le baptême de Jésus.
« Et il arriva en ces jours-là que Jésus vint de Nazareth de Galilée et fut baptisé dans le Jourdain par Jean. Et, remontant aussitôt de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendant sur lui. Et il y eut une voixdes cieux : "Tu es mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu." » (Mc 1, 9-11)
Et à bien y regarder... toutes les personnes de la Trinité sont présentes dans cette scène ! Par ordre d’apparition :
Cette manifestation éclatante des trois personnes de la Trinité (le Père, le Fils et l’Esprit) est d’ailleurs magnifiquement représentée dans le tableau du Greco (ci-dessous) : chaque personne se distingue nettement du reste par l’éclat et la blancheur qui l’entourent. Cette manifestation de Dieu est ce que l'on appelle une "théophanie".
Tout en hauteur, cette peinture illustrant l’épisode du baptême de Jésus pourrait tout aussi bien s’intituler « la Trinité »…
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Pour conclure, place aux Anciens. On laisse la parole à Maxime de Turin, premier évêque de la ville de la Juve, au IVe siècle.
« Jésus est baptisé au Jourdain. Quel genre de baptême est-ce, quand celui qui est plongé est plus pur que la fontaine et où l'eau qui imbibe celui qu'il a reçu n'est pas souillée mais honorée de bénédictions ? Je me demande quelle sorte de baptême est celle du Sauveur, dans laquelle les ruisseaux sont purifiés plus qu'ils ne purifient ? Car par un nouveau genre de consécration, l'eau ne lave pas le Christ autant que de se soumettre à son lavage. Depuis que le Sauveur a plongé dans les eaux, il a sanctifié par le mystère de son baptême l'épanchement de chaque crue et le cours de chaque cours d'eau, de sorte que lorsque quelqu'un souhaite être baptisé au nom du Seigneur, ce ne sont pas tant les eaux de ce monde qui le couvrent mais les eaux du Christ qui le purifient. Pourtant, le Sauveur a voulu se faire baptiser pour cette raison — non pas pour se purifier lui-même, mais pour purifier les eaux pour notre bien. »
Maxime de Turin (ca 330-415), Sermons, éd. Almut Mutzenbecher, Maximi episcopi Taurinensis : Sermones, Corpus Christianorum Series Latina CCSL 23.
