Pourquoi dit-on que saint Pierre est le premier pape ?

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Céline Dion, Léon XIV et Jean 21 : d’où vient la « primauté de Pierre » et pourquoi dit-on que saint Pierre est le premier pape ?

4 minutes et 10 secondes avec Céline Dion, Le Caravage, Murillo, Pierre-Étienne Monnot, Jean-Baptiste de Champaigne et Michel Hubaut
Dernière mise à jour -  
3/11/2026

Un mois de people à Paris : pourquoi saint Pierre est-il le premier pape ?

Visuel PRIXM : le pape Léon XIV et Céline Dion sur fond « À Paris »

En septembre, il y avait deux événements méga attendus à Paris :

  • Céline Dion en concert à La Défense Arena
  • Léon XIV en prière au Stade de France et aux Champs-Élysées

Autrement dit : la plus grande chanteuse francophone de tous les temps (avec Piaf, allez)... et le successeur de saint Pierre, que les catholiques considèrent comme le premier pape ! Gros casting, donc.

On pourrait revenir sur les débuts de Céline et entonner un vibrant « All by myseeeeeelf »… mais aujourd’hui on aimerait sauter sur une autre occasion : revenir un peu sur les débuts de la « papauté » !

Pourquoi dit-on que saint Pierre est le premier pape ? Qu’est-ce que « la primauté pétrinienne » ?

Pour dépiauter cette expression barbaro-pédanto-savante, revenons là où tout a commencé : en Galilée.

Le texte biblique : « Pais mes brebis », Jésus ressuscité et Pierre (Jean 21)

Juste après la résurrection de Jésus et un bon déjeuner…

C’était déjà la troisième fois que Jésus se manifesta aux disciples après qu’il fut ressuscité des morts.

Comme donc ils avaient déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre :
— Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?

Il lui dit :
— Oui Seigneur, tu sais, toi, que je t'aime.

Il lui dit :
— Pais mes agneaux.

Il lui dit de nouveau :
— Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?

Il lui dit :
— Oui Seigneur, tu sais que je t'aime.

Il lui dit :
— Pais mes agneaux.

Il lui dit une troisième fois :
— Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?

Pierre fut peiné de ce qu'il lui dit une troisième fois : « M'aimes-tu ? » et il lui dit :
— Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t'aime.

Il lui dit :
— Pais mes brebis. Amen, amen, je te dis : Quand tu étais plus jeune, tu te ceignais et tu marchais où tu voulais mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains et un autre te ceindra et te conduira où tu ne veux pas.

Il dit cela pour signifier par quelle mort il glorifierait Dieu.

Et ayant dit cela, il lui dit :
— Suis-moi.

Évangile selon saint Jean, chapitre 21, versets 14 à 19. Traduit du grec par les équipes du programme de recherches La Bible en ses Traditions.

Que veut dire la « primauté de Pierre » ?

Enluminure du XIIIe siècle : Jésus en majesté entre Pierre et Jean l'évangéliste
Anonyme (XIIIe siècle), Pierre, Jésus et Jean l'évangéliste (vers 1250, page tirée du manuscrit « Sermones » d'Innocent III), Bibliothèque nationale, Prague (République tchèque). Domaine public.

La « primauté de Pierre »

Quand on parle de Pierre et de la papauté chez les catholiques, on convoque aussitôt le verset suivant :

« [Jésus dit à Simon] : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » (Mt 16, 18)

Spoil : ce ne sera pas notre sujet aujourd’hui. Allez relire notre article et écouter notre podcast si vous voulez. Aujourd’hui on va se pencher sur autre chose.

En l’occurrence, on va parler de « la primauté de Pierre ». D’où vient cette expression ? Que signifie-t-elle ?

En fait, le concept de « primauté pétrinienne » découle d'un constat factuel...

Dans les évangiles, parmi tous ses disciples, Jésus accorde une prééminence toute particulière à Pierre.

Ah bon, et comment se traduit cette prééminence ? Eh bien c’est ce qu’on va vous expliquer aujourd’hui.

Statue de saint Pierre en marbre par Pierre-Étienne Monnot, tenant les clés, à Saint-Jean-de-Latran
Pierre-Étienne Monnot (1657-1733), Saint Pierre (1708, marbre, 425 cm de haut), nef de la basilique Saint-Jean-de-Latran, Rome (Italie). Domaine public (photographie : Jastrow, CC BY 2.5).

Une première place synonyme d’autorité

Pour commencer, soulignons un détail de tableau Excel.

« Voici les noms des douze apôtres : premier, Simon appelé Pierre » (Mt 10, 2)

Simon-Pierre est explicitement cité comme le « premier ». C’est le cas dans la liste présentée dans l’évangile de Matthieu, mais aussi chez Marc (Mc 3, 13-19) et chez Luc (Lc 6, 12-16). Donc ce n’est pas un simple détail.

Comment l’interpréter ? Eh bien comme l’indice que les évangélistes (et toute la communauté chrétienne du Ier siècle) étaient parfaitement conscients du rôle éminent et de l’autorité toute particulière de Pierre au sein de l’Église.

En bref, la « primauté de Pierre » n’est pas seulement un titre. C’est le signe de l’autorité qu’il reçoit de Jésus et que l’Église lui reconnaît.

Pierre est donc premier, chef de file et tête de cortège. Mais il est premier avec ses failles, ses reniements et ses chutes (coucou le chant du coq).

Premier apôtre et pape, oui, mais pas super-héros. Et ça vaut la peine de le redire, au moment où le Pape Léon XIV a vite fait d’être pris pour une « star ».

Saint Pierre en larmes de Murillo : l'apôtre âgé, les mains jointes, les yeux levés
Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682), Saint Pierre en larmes (vers 1655, huile sur toile, 148 x 104 cm), collection de la Députation forale de Biscaye, Bilbao (Espagne). Domaine public.

Une histoire de berger ?

Avec Jésus, le cahier des charges du numéro 1 a de quoi surprendre :

« Jésus dit à Pierre : Pais mes agneaux » (Jn 21, 15)

Faire paître, c’est l’activité du pâtre, c'est-à-dire du pasteur qui guide son troupeau vers de verts pâturages ! Mais pourquoi Jésus demande-t-il soudainement à Pierre de devenir berger ?

Comme on sait que Jésus n’était pas gardien de cheptel, on imagine bien qu’il ne propose pas littéralement à Pierre une carrière dans les bergeries de Galilée.

En fait, la métaphore du berger est une image ancienne que l’on retrouve trèèèès souvent dans la bouche de Jésus. Pour le faire en très rapide, elle désigne celui qui guide, qui prend soin et qui protège le peuple.

Donc Jésus demande à Pierre de guider le peuple... Le peuple, d’accord, mais quel peuple ?

  • Jésus ne dit pas à Pierre « pais tes brebis »
  • mais bien « pais mes brebis ».

Autrement dit : le troupeau n’appartient pas à Pierre, il lui est confié. Donc ce peuple est et demeure celui de Jésus : lui seul en est le pasteur par excellence.

La « première place » de Pierre n’est donc pas un privilège, mais une responsabilité. En gros, plus on monte dans l’organigramme, plus on devient serviteur. C’est pour cette raison que l’Église catholique désigne parfois le pape par l’expression « le serviteur des serviteurs ».

Le Bon Pasteur de Jean-Baptiste de Champaigne : Jésus portant une brebis sur ses épaules
Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681), Le Bon Pasteur (XVIIe siècle, huile sur toile, 183 x 86 cm), Palais des Beaux-Arts de Lille, Lille (France). Domaine public.

Le martyre de Pierre

Vous pensiez que le poste de Pierre était clair. Oui mais voilà...

« Amen, amen, je te dis : Quand tu étais plus jeune, tu te ceignais et tu marchais où tu voulais mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains et un autre te ceindra et te conduira où tu ne veux pas. » (Jn 21, 18)

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de type qui noue la ceinture de Pierre à sa place ? L’évangéliste est pédagogue et ajoute un petit verset pour indiquer que c’est une référence à la mort de saint Pierre :

« Il dit cela pour signifier par quelle mort il glorifierait Dieu. » (Jn 21, 19)

En fait, Jean se réfère ici à la mort de Pierre (« conduit où il ne veut pas »)… cloué par ses bourreaux sur une croix (tableau ci-dessous).

Quel est le lien entre la mort de Pierre et sa mission de berger ? En fait, Jésus apprend à Pierre à être berger comme lui-même a été berger… et on peut comprendre ça en relisant un verset placé quelques chapitres auparavant :

« Jésus dit : “Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis.” » (Jn 10, 11)

Jésus apprend à Pierre qu’on ne guide pas le peuple par une main de fer ou par un charisme flamboyant. La source de cette autorité, c’est un amour qui va jusqu'au don de soi.

En fait, devenir bon pasteur, ce n’est pas devenir le berger à la place du maître, c’est devenir pasteur à la manière du Pasteur.

La Crucifixion de saint Pierre du Caravage : des bourreaux redressent la croix où Pierre est cloué la tête en bas
Le Caravage (1571-1610), La Crucifixion de saint Pierre (1600, huile sur toile, 230 x 175 cm), chapelle Cerasi, basilique Santa Maria del Popolo, Rome (Italie). Domaine public.

Conclusion

Finalement, retenons 3 infos essentielles sur le concept catholique de « primauté pétrinienne » (formule encore plus stylée et pédante).

  • Une place à part : Pierre se distingue parmi les Douze et reçoit une mission singulière. Il la reçoit, ce n’est pas quelque chose à laquelle il avait spécialement prétendu.
  • Une mission de serviteur : pas de trône ni de couronne pour le Pierrot, mais un bâton de berger et un troupeau. Être « premier », ici, signifie d’abord aimer et prendre soin de ceux qui lui sont confiés.
  • Le don de sa vie : d’après la tradition chrétienne, Pierre meurt effectivement en martyr, à Rome, sous le règne de l'empereur Néron, vers l'an 64 ou 68... après Jésus-Christ (logique).

Pour les catholiques, l’autorité et la responsabilité conférées à Pierre se transmettent de pontife en pontife. C’est pourquoi le pape Léon XIV (sans être Dieu ni une star) est ainsi entouré d’un halo de respect et de dignité.

La Halle Saint-Pierre à Paris, au pied du Sacré-Cœur
Nichée au 2 Rue Ronsard, 75018 Paris, voici La Halle Saint-Pierre, musée-galerie-librairie-café à deux pas de Montmartre. Photographie : Musée Halle Saint Pierre, 2004, CC BY-SA 3.0.

Le mot de la fin ✍️

Simon-Pierre reçoit la mission de prendre soin du troupeau. Mais pour apprendre le métier, encore faut-il regarder le Berger. Alors pour finir, une question toute simple : qui est cet homme ?

Qui est cet homme, venu de loin,
qui cherche à rassembler son troupeau dispersé
et dont le visage s’illumine de joie
quand il porte sur ses épaules ou dans ses bras,
un bout de l’humanité
qu’un pillard lui avait volé ?

Qui est cet homme, venu de loin,
dont le coeur est une porte ouverte en plein vent,
mais si étroite,
que pour y passer il faut être un enfant ?

Qui est cet homme, venu de loin,
dont les pieds et les mains sont usés jusqu’au sang
et qui, au carrefour des chemins, de l’espace et du temps,
dresse des croix
afin que son troupeau en le suivant
ne se perde pas ?

Michel Hubaut, ofm (1939-), « Qui est cet homme ? », extrait de Prier avec les paraboles, éd. Desclée de Brouwer, Paris, 2008, p. 87

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Questions Fréquentes

Pourquoi dit-on que saint Pierre est le premier pape ?

Pour les catholiques, saint Pierre est le premier pape parce que Jésus lui accorde une place à part parmi les Douze : il est cité « premier » dans les listes des apôtres (Matthieu 10,2 ; Marc 3,13-19 ; Luc 6,12-16) et Jésus ressuscité lui confie : « Pais mes brebis » (Jean 21,17). L’autorité et la responsabilité conférées à Pierre se transmettent ensuite de pontife en pontife, jusqu’au pape Léon XIV.

Qu’est-ce que la primauté de Pierre ?

La « primauté de Pierre », ou « primauté pétrinienne », désigne la prééminence toute particulière que Jésus accorde à Pierre parmi ses disciples. Ce n’est pas seulement un titre : c’est le signe de l’autorité que Pierre reçoit de Jésus et que l’Église lui reconnaît. Cette première place n’est pas un privilège mais une responsabilité, et Pierre reste premier avec ses failles, ses reniements et ses chutes.

Que signifie « Pais mes brebis » dans l’évangile de Jean ?

« Pais mes brebis » (Jean 21,17) est la mission que Jésus ressuscité confie à Pierre. Faire paître, c’est l’activité du pâtre, le pasteur qui guide son troupeau. Dans la bouche de Jésus, la métaphore du berger désigne celui qui guide, prend soin et protège le peuple. Jésus dit « mes » brebis et non « tes » brebis : le troupeau n’appartient pas à Pierre, il lui est confié.

Que veut dire Jésus quand il annonce à Pierre qu’« un autre te ceindra » ?

En Jean 21,18, Jésus annonce à Pierre : « quand tu seras vieux, tu étendras tes mains et un autre te ceindra et te conduira où tu ne veux pas ». L’évangéliste précise qu’il dit cela « pour signifier par quelle mort il glorifierait Dieu » (Jean 21,19) : c’est l’annonce du martyre de Pierre, cloué sur une croix. D’après la tradition chrétienne, Pierre meurt à Rome sous Néron, vers 64 ou 68.

Quel est le lien entre la mort de Pierre et sa mission de berger ?

Jésus apprend à Pierre à être berger comme lui-même l’a été : « Le bon berger donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10,11). On ne guide pas le peuple par une main de fer ni par un charisme flamboyant : la source de cette autorité est un amour qui va jusqu’au don de soi. Devenir bon pasteur, ce n’est pas prendre la place du maître, c’est devenir pasteur à la manière du Pasteur.

Pourquoi le pape est-il appelé « serviteur des serviteurs » ?

Le pape est parfois appelé « le serviteur des serviteurs » parce que la première place de Pierre n’est pas un privilège mais une responsabilité : plus on monte dans l’organigramme, plus on devient serviteur. Jésus ne donne à Pierre ni trône ni couronne, mais un bâton de berger et un troupeau qui reste le sien. Être « premier » signifie d’abord aimer et prendre soin de ceux qui sont confiés.

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