Pourquoi l’apôtre Thomas est-il traditionnellement représenté avec une lance et un livre à la main ? Que signifient ces attributs ? Comment les interpréter ?
Truculent et folklorique auteur-compositeur-interprète néerlandais, Dick Annegarn est un drôle d'oiseau qui ne se gêne pas pour voler librement çà et là à coups de battements d'ailes ou de couplets inattendus.
En 2020, il nous a gratifié d'un morceau intitulé « Comme Saint Thomas »… qui fait clairement référence à Thomas, l'un des apôtres de Jésus.
Allez, direction l'évangile de Jean pour retrouver notre Toto préféré (ceci n'est pas une blague) !
Le passage qui suit raconte le plus célèbre épisode où il est question de l’apôtre Thomas, juste après la Résurrection du Christ.
Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que les portes [de là] où se trouvaient les disciples étaient fermées par peur des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit :
— Paix à vous !
Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent alors remplis de joie à la vue du Seigneur. Jésus leur dit de nouveau :
— Paix à vous. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.
Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit :
— Recevez l’Esprit-Saint ! Ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis et ceux dont vous les retiendrez, ils sont retenus.
Mais Thomas, l’un des douze, appelé « Jumeau », n’était pas avec eux lorsque vint Jésus.
Les autres disciples lui disaient donc :
— Nous avons vu le Seigneur !
Mais il leur dit :
— Si je ne vois pas dans ses mains la trace des clous, ni ne mets mon doigt dans la trace de ces clous, ni ne mets ma main dans son côté, non, je ne croirai pas !
Huit jours plus tard, les disciples étaient de nouveau à l’intérieur et Thomas avec eux. Vient Jésus, les portes fermées. Il se tint au milieu et il dit :
— Paix à vous !
Ensuite il dit à Thomas :
— Approche ton doigt ici et vois mes mains et approche ta main et mets-la dans mon côté et ne sois plus incrédule mais croyant.
Thomas répondit et lui dit :
— Mon Seigneur et mon Dieu !
Jésus lui dit :
— Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui ne voient pas et qui croient.

En peinture, les attributs traditionnels de saint Thomas l’apôtre sont assez évidents : la lance et le livre — comme en atteste les magnifiques tableaux de Georges de La Tour (ci-dessus) et d'Artus Wolffort (ci-dessous).
Pour rappel, les tableaux et peintures religieuses ont longtemps eu comme fonction d’enseigner ceux qui les regardaient. Ainsi, les tableaux représentent le personnage avec les indices qui permettent de l'identifier clairement et de rappeler son histoire.
Alors, que symbolisent la lance et le livre pour saint Thomas ?

Procédons dans l'ordre. Premier élément caractéristique, la lance est une double référence.
Ok très clair pour la lance, on a compris la double ref, c'est génial.
Quid du bouquin maintenant ?

Deuxième élément caractéristique de saint Thomas en histoire de l'art, le livre ouvert fait référence aux évangiles. En effet, Thomas fait partie des 12 apôtres et son nom apparaît dans quatre évangiles ainsi que dans les Actes des Apôtres.
Bref, saint Thomas tient une place importance dans la fondation de l’Église, après la Résurrection et à la Pentecôte — d’abord comme témoin oculaire de la vie du Christ, puis comme acteur-clé dans la diffusion de cette bonne nouvelle à travers le monde, jusqu’en Asie !
Finalement, et c’est assez génial, ces deux attributs se complètent parfaitement pour dresser le portrait de Thomas. En effet :

Pour conclure, lisons ce qu'écrit Jean Guitton, éminent philosophe et membre de l'Académie française, à propos du doute des apôtres lorsqu'ils apprennent la Résurrection de Jésus :
« Je suis porté à croire que ces doutes des premiers témoins de la Résurrection sont des données originelles. Je ne vois pas quel intérêt auraient eu les rédacteurs de ces récits d’inventer ces doutes. S’ils avaient voulu travailler à la foi de ces premières communautés si ferventes, il aurait beaucoup mieux valu inventer des apparitions plus claires et plus démonstratives.
Les Juifs n’avaient pas de peine à puiser dans leur tradition prophétique et apocalyptique des exemples de vision ne laissant place à aucune impression dubitative. Et lorsqu’on croyait à la divinité du Sauveur, c’était lui faire une sorte d’injure que d’imaginer qu’il s’était présenté à ses premiers témoins sous des formes donnant place à un doute. »
Jean Guitton (1901-1999), Le problème de Jésus. Divinité et résurrection, Paris : Aubier, 1953
