Comment Pierro della Francesca peint-il la scène de la Nativité ? Pourquoi les anges sont-ils en train de chanter ? Pourquoi la fête de Noël est-elle méga paradoxale ?
Allez on démarre en fanfare avec le groupe WHAM et son célèbre morceau Last Christmas pour swinguer sur les bons vieux classiques...
Et pour nous plonger dans l’ambiance de Noël, relisons ce récit qui a tant inspiré les peintres et les musiciens !
Jésus vient de naître à Bethléem. Des anges s’empressent alors d’annoncer cette nouvelle à des bergers endormis…
Il y avait dans la région même des bergers qui vivaient aux champs et qui passaient les veilles de la nuit à veiller leur troupeau. Et voici, l’ange du Seigneur se tint près d’eux et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux et ils furent saisis d’une grande crainte.
Mais l’ange leur dit :
— Soyez sans crainte, car voici, je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la cité de David. Et voici pour vous le signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté placé dans une mangeoire.
Et soudain, il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste louant Dieu et disant :
— Gloire à Dieu dans les hauteurs et sur la terre paix aux hommes, volonté bonne.
Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se disaient entre eux :
— Passons donc jusqu’à Bethléem et voyons cette parole qui est arrivée, que le Seigneur nous a fait connaître.
Et ils vinrent en hâte et ils trouvèrent Marie et Joseph et le nouveau-né placé dans la mangeoire. Après avoir vu, ils firent connaître la parole qui leur avait été dite au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent s’étonnèrent de ce que leur disaient les bergers.
Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces paroles, conférant en son cœur.
Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu comme il leur avait été annoncé.
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Aujourd'hui, éclairons le texte biblique avec un tableau sublime : La Nativité, de Piero della Francesca. Observons d'abord la toile dans sa globalité.
Au total, on ne compte pas moins de 9 personnages venus auprès de l'enfant Jésus pour l'adorer. Piero della Francesca choisit d'ailleurs de représenter cette scène devant une étable ancienne. L'environnement autour est également placé sous le signe de la simplicité.
Le voilà donc représenté dans une étable qui se décompose... celui qui est considéré comme le Fils de Dieu pour les chrétiens !
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Cette représentation est étonnante et pleine de contrastes. Si cette étable est en piteux état, un groupe d'anges détonne… Ils ont l’air d’être en plein concert improvisé (ci-dessus) :
En fait, c'est surtout l'élégance et l’attitude des anges qui attirent le regard :
Bref, le peintre met à l'honneur ces créatures célestes descendues sur terre pour glorifier la naissance de Jésus… dans une étable en ruine. Ce tableau de contrastes reflète ainsi le paradoxe de la naissance de Jésus :
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Ce tableau ne semble pas vraiment présenter de figure centrale. Ce sont davantage les anges avec leur riche tenue et leurs instruments qui attirent l'œil !
Au troisième plan, Joseph et les deux bergers paraissent quasiment effacés — c'est le cas de le dire, car la peinture a souffert avec le temps (cf ci-dessous) !
Finalement, la simplicité de ces personnages ainsi que leur effacement ne font que rehausser le paradoxe de cette naissance : Jésus naît à l'écart dans une pauvre étable… alors qu'il est le Fils de Dieu et Dieu en personne pour les chrétiens !
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Avant de conclure, regardons avec attention les personnages de Marie et Jésus…
En fait, la position de Jésus — posé sur le sol — préfigure sa future mort. En effet, ce morceau de tissu préfigure ce linceul dans lequel il sera enveloppé trente ans plus tard… C'est ainsi que le peintre laisse déjà poindre, dans cette naissance, l’ambiance de mort qui plane d’emblée autour de cet enfant et affirme le mystère de l'Incarnation, de la vie à la mort.
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Laissons le soin à Théophile Gautier de conclure ce numéro ! Il met en poésie la simplicité éclatante de la naissance de Jésus.
Le ciel est noir, la terre est blanche ;
– Cloches, carillonnez gaîment ! –
Jésus est né ; – la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.
Pas de courtines festonnées
Pour préserver l’enfant du froid ;
Rien que les toiles d’araignées
Qui pendent des poutres du toit.
Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l’échauffer dans sa crèche
L’âne et le boeuf soufflent dessus.
La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s’ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le choeur des anges
Chante aux bergers : Noël ! Noël !
Théophile Gautier (1811-1872), « Noël », Noël, Émaux et Camées, vol. III Lemerrre, Paris, 1890, p. 99

Le tableau "La Nativité" de Piero della Francesca représente la scène de la naissance de Jésus à Bethléem, avec des personnages tels que Marie, Joseph, Jésus, des bergers et des anges.
La scène met en contraste l'humilité de la naissance de Jésus, né dans une étable en ruine, avec la majesté de l'annonce divine faite par des anges habillés élégamment et jouant de la musique.
L’étable dans le tableau de Piero della Francesca est délibérément représentée en ruine, avec des murs effondrés et une végétation inexistante.
Cela souligne l’humilité du lieu où Jésus est né, contrastant avec la grandeur céleste des anges et le mystère de l’incarnation divine.
Ce choix symbolise l’idée que Jésus est venu dans un environnement humble et non dans un lieu royal ou prestigieux.
Les anges chantent et jouent de la musique : leur rôle dans le tableau est d'apporter une dimension céleste à la scène terrestre. Leur présence élégante et leur tenue raffinée contrastent avec la simplicité de l'étable, ce qui ajoute un aspect paradoxal à la scène de la Nativité, où la grandeur divine se manifeste dans l'humilité.
C'est exactement le même rôle que les anges tiennent dans la Bible : celui d'annoncer, dans une grande lumière, la naissance d'un Sauveur.
Dans le tableau, Joseph et les bergers semblent effacés et relégués au second plan. Joseph est représenté de manière discrète, presque comme un spectateur de l'événement divin, tandis que les bergers, simples personnages populaires, sont habillés modestement et n’attirent pas beaucoup d’attention. Cette mise en retrait renforce l’idée que l’accent doit être mis sur la naissance de Jésus et la grande annonce faite par les anges.
Jésus est représenté allongé sur le sol, sur un simple drap bleu. Sa position préfigure symboliquement sa future mort, avec la ressemblance au linceul dans lequel il sera enveloppé à la fin de sa vie.
L'œuvre de Piero della Francesca met en lumière le paradoxe de la naissance de Jésus : il naît dans une étable en ruine, un lieu d'humilité, mais cette naissance est annoncée de manière grandiose par des anges, des créatures célestes qui célèbrent l'événement avec musique et chant.
Ce contraste entre l'humilité de l'endroit et la majesté de l'annonce illustre le mystère de l’Incarnation, où Dieu se fait homme dans les conditions les plus simples.
Le poème de Théophile Gautier, "Noël", aide à percevoir la simplicité et la beauté de la scène de la Nativité. Il décrit de manière poétique la pauvreté de la crèche où Jésus est né, avec l'âne et le bœuf soufflant sur l'enfant pour le réchauffer. Ce poème illustre bien l'ambiance d'humilité et de beauté qui se dégage de la naissance de Jésus, un thème central du tableau de Piero della Francesca.