Que représente le pélican dans la Bible ? Pourquoi est-il associé à Jésus ? Que symbolise-t-il ?

Pelforth est une marque de bière qui brasse son houblon dans la région lilloise... et qui a le génie de créer des produits dérivés de légende, dignes des meilleurs zincs et rades répertoriés par Humm et Adrian (leur livre ici).
Euh, d'accord, mais pourquoi on vous parle d'alcool soudainement ? Eh bien pas pour en faire la promotion, ni pour faire la pub déguisée de cette filiale d'Heineken, mais simplement parce que sur chaque bouteille trône fièrement… un pélican.
Aujourd'hui on va parler de pélican. Pour la petite histoire, l’oiseau sur le logo vient de la « danse du pélican », un fox-trot de l'après-guerre devenu très célèbre… notamment dans les brasseries lilloises. On en profite pour saluer ton nos amis de Marcq-en-Barœul et alentour.
Et quel est le rapport entre la Bible et le pélican ? Bonne question. On vous explique ça paisiblement dans l’éclairage.

Le texte qui suit raconte le dernier repas de Jésus, aussi appelé « la Cène ».
Pendant qu’ils mangeaient, Jésus, ayant pris le pain et rendu grâce, le rompit et il le donnait aux disciples et dit :
— Prenez mangez, ceci est mon corps.
Et ayant pris la coupe et rendu grâce, il la leur donna, disant :
— Buvez-en tous, car ceci est mon sang, celui de l’alliance nouvelle, répandu pour une multitude en rémission des péchés. Mais je vous dis que je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’à ce jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le royaume de mon Père.
Et ayant chanté des louanges, ils sortirent vers le mont des Oliviers.

Statistique à l'appui, il n'y a aucun doute. Chou blanc absolu.
Le mot « pélican » n’apparaît pas une seule fois dans ce passage de l’évangile de Matthieu (vous pouvez chercher, il n’apparaît pas non plus chez Marc, Luc ou Jean).
Pourquoi vous faire lire ce passage alors ? Hehe, c’est là qu’on a quelque chose à vous expliquer. En fait, le dernier repas du Jésus préfigure la mort qu’il connaît le lendemain sur la croix.
Pour les Chrétiens, en offrant à ses disciples son corps et son sang sous forme de pain et de vin, il leur donne déjà sa vie, comme il la donne au moment d'expirer au sommet de la croix.
Littéralement, Jésus « se donne en nourriture ». Les Chrétiens réitèrent d’ailleurs ce sacrifice à chaque messe au moment de « l’Eucharistie ».
Okey, très bien. Mais une fois qu'on a dit ça... quid de notre ami le pélican ?

Revenons à notre mouton – qui est d’ailleurs un pélican.
Pourquoi Jésus est-il associé à la figure du pélican dans la tradition chrétienne ?
Eh bien tout ceci est lié à une légende très ancienne.
On retrouve la figure du pélican dans le Physiologus, une sorte de grande encyclopédie d’images animalières écrit dans l’Antiquité tardive (entre le IIe et le IVe siècle après Jésus-Christ).
Cet ouvrage est ensuite devenu un véritable « bestiaire chrétien », attribuant symboliquement aux animaux une portée théologique. C'est notamment et très largement via ce livre que provient la symbolique chrétienne liée... au pélican.
Nous y voilà.

Et voilà l'origine de cette image qui peuple aujourd'hui largement les églises et musées.
La légende issue du Physiologus raconte que le pélican aime si tendrement ses petits qu’il les nourrit de son propre sang. Il s’ouvre le poitrail avec son bec, et de son cœur jaillit du sang, versé en nourriture pour eux.
Pour les Chrétiens, le pélican devient ainsi une formidable allégorie du Christ. En effet :
Inspirée par cette légende médiévale, c’est cette interprétation qui a façonné l’imaginaire chrétien.

Popopopop attendez un instant.
Pour être tout à fait exact, on relève bel et bien 1 occurrence du mot « pélican » dans la Bible. On trouve ça dans le Psaume 102, au verset 7.
« YHWH, entends ma prière, que mon cri vienne jusqu’à toi
Ne cache pas loin de moi ta face au jour où l’angoisse me tient [...]
Battu comme l’herbe, mon cœur sèche et j’oublie de manger mon pain
À force de crier ma plainte, ma peau s’est collée à mes os.
Je ressemble au pélican du désert. » (Ps 102, 2-7)
Au IVe siècle, Augustin d’Hippone (aka Saint Augustin) est parti de cette référence pour désigner symboliquement Jésus comme le « pélican du désert ».
Le pélican est donc devenu un symbole christique très répandu. Il orne de nombreuses églises et se retrouve souvent dans des peintures ou sculptures chrétiennes.
Les ailes grandes ouvertes, la tête inclinée sur son poitrail ensanglanté, on peut par exemple l’apercevoir au sommet d’une somptueuse croix de Giotto, exposée au Musée du Louvre (ci-dessous).

La prochaine fois que vous passerez dans une église et verrez une sculpture de pélican s'auto-bequeter le ventre avec des oisillons au milieu de ses pattes, ou juste un pélican glissé au sommet ou au bas de Jésus sur un tableau de crucifixion, vous aurez la ref.
Et ça vaut bien son pesant de cacahuètes (accompagné d'une bonne Pelforth).
La boucle est bouclée.
Ah oui, ne zappez pas la fin. Alfred a quelque chose à dire, lui aussi.

Le poète romantique Alfred de Musset a consacré un poème entier à la figure du pélican. Lire ce poème en songeant au parallèle implicite qu’il tisse entre Jésus et le pélican offre ainsi un niveau de lecture supplémentaire – dont vous ne pouvez désormais plus passer à côté !
« Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur ;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur. »
Alfred de Musset (1810-1857), « Le Pélican », La Nuit de Mai, 1835.

Le pélican est devenu un symbole de Jésus-Christ à partir d’une légende ancienne transmise notamment par le Physiologus, un bestiaire de l’Antiquité tardive. Selon cette légende, le pélican nourrirait ses petits avec son propre sang en s’ouvrant la poitrine. Les chrétiens y ont vu une allégorie du Christ qui donne son corps et son sang pour les hommes, notamment lors de la Cène et ultimement au moment de sa mort sur la croix.
Dans l’art chrétien, le pélican symbolise le sacrifice du Christ et le don de sa vie. Il est généralement représenté les ailes ouvertes, le bec tourné vers sa poitrine ensanglantée, nourrissant ses petits de son propre sang. Cette image fait directement écho, dans la tradition chrétienne, à Jésus donnant son corps et son sang lors de l’Eucharistie. C’est pourquoi le pélican apparaît fréquemment dans les églises, notamment à proximité des représentations de la Crucifixion.
Le lien repose sur une même image : donner son propre corps en nourriture. Lors de la Cène, Jésus donne à ses disciples le pain et le vin en déclarant : « Ceci est mon corps » et « ceci est mon sang » (Mt 16, 26-30). De même, selon la légende chrétienne du pélican, l’oiseau ouvre sa poitrine et donne son sang pour nourrir ses petits. Le pélican devient ainsi une image du sacrifice du Christ célébré dans l’Eucharistie.
Oui, le pélican apparaît dans le Psaume 102 : « Je ressemble au pélican du désert » (Ps 102,7). Cette référence biblique est distincte de la légende du pélican nourrissant ses petits de son sang, issue notamment du Physiologus. Au IVe siècle, saint Augustin s’appuie toutefois sur ce psaume pour désigner symboliquement Jésus comme le « pélican du désert », contribuant ainsi à faire du pélican un symbole christique.