À quoi Jésus ressemblait-il physiquement ?

Quelle était la couleur de peau de Jésus ? Était-il noir ? À quoi Jésus ressemblait-il physiquement ? Les évangiles donnent-ils des informations pour dresser son portrait ?

3 minutes et 10 secondes avec Youssoupha, Le Corrège et John Everett Millais
Dernière mise à jour -  
14/10/2021

Quand Youssoupha s'interroge sur la couleur de peau de Jésus

Dans son morceau intitulé Gospel (*au passage, Gospel est notamment le terme anglais utilisé pour traduire Evangile), le rappeur Youssoupha s'exclame ainsi (à 1 min 16 au cours du morceau pour les puristes) :

« Jésus, prie pour moi, on a toujours le même problème. Ils racontent que t'es blanc, si ça s'trouve, t'as une peau d'ébène. »

Ce que veut signifier Youssoupha, c'est l'incohérence apparente entre les représentations du Christ d'une part, et son prétendu physique historique d'autre part.

Jésus était-il noir ? Telle est la question posée par Youssoupha, et dont on se saisit aujourd'hui dans l'Eclairage.

Le texte biblique qui raconte la naissance et l'enfance de Jésus

En ces jours-là, parut un édit de César Auguste ordonnant de recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville.

Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth vers la Judée, vers la ville de David qui s’appelle Bethléem — parce qu’il était de la maison et de la famille de David — pour se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

Or, comme ils étaient là, furent accomplis les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils, le premier-né et elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

[...]

Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.

Extrait de l'Evangile selon saint Luc, chapitre 2, versets 1 à 7, puis verset 52. Traduit du grec par les équipes de notre programme de recherches La Bible En Ses Traditions.

Le visage historique de Jésus

On devine votre étonnement... Le texte biblique ne nous renseigne pas vraiment sur l'apparence physique de Jésus ! Et ce n'est pas parce qu'on se serait trompé en convoquant ici un mauvais extrait. Bien au contraire.

Antonio Allegri, dit Le Corrège (1489-1534), Tête de Christ, (vers 1528, huile sur panneau, 28 x 23 cm), Musée Paul Getty, Los Angeles, Etats-Unis. Domaine public.

Y a-t-il une description physique de Jésus dans la Bible ?

En réalité, les Evangiles ne donnent aucune description physique de Jésus. Vous pouvez relire l’intégralité des quatre évangiles (on vous y encourage évidemment), vous ne trouverez rien.

A la question de savoir quelle était la couleur de peau de Jésus, on n'a donc vraiment aucune idée.
Tout juste peut-on avancer cette hypothèse : sans doute avait-il la peau un peu foncée, comme un Proche-Oriental de Galilée du premier siècle qu’il était.

Icône du XIIe siècle représentant le visage du Christ, conservée à la cathédrale de l’Assomption, Moscou, Russie. Domaine public.

De rares indices pour dresser un portrait physique du Christ

Si on ne trouve aucune description physique telle quelle, les récits évangéliques nous donnent toutefois quelques informations :

  • Jésus portait vraisemblablement une barbe, conformément à la loi juive qu’il respectait, interdisant de se couper les bords de la barbe (Lévitique 19,27). De même, la prophétie d’Isaïe (prophétie de l’Ancien Testament annonçant la Passion du Christ dans la figure d’un serviteur souffrant), fait également mention d’une barbe (Isaïe 50,6) « Présenter ma joue à ceux qui m’arrachaient la barbe ».
  • à partir des récits évangéliques, on peut faire l’hypothèse que Jésus était physiquement plutôt costaud. En effet, il travaille comme charpentier avec son père à Nazareth (Mc 6,3). Et au cours de sa vie publique, il marche beaucoup, parcourant de nombreux kilomètres (Mt 9,35). L’hypothèse de sa bonne forme physique est donc assez fiable.
John Everett Millais (1829-1896), Le Christ chez ses parents (vers 1850, huile sur toile, 86 x 139 cm),  Tate Britain, Londres, Angleterre. Domaine public.
Ici, l'artiste fait le choix de représenter Jésus avec des cheveux roux, habillé en blanc au milieu du tableau.

Pourquoi ne pas décrire l'apparence de Jésus ?

Réponse : parce que cela ne semble pas constituer un élément indispensable pour le présenter. Cette réponse est étonnante, voire désarmante. Mais en réalité, elle rejoint un mystère plus profond.

En fait, comme on le disait la semaine dernière, toute la spécificité du Christ repose sur le fait qu'il est à la fois :

  • parfaitement historique : Jésus est un juif de Galilée du premier siècle et
  • complètement trans-historique : Jésus est une personne vivante, il est Dieu de toute éternité.

Autrement dit : Jésus est vivant et vit de toute éternité, mais sa naissance et son incarnation sont situées dans le temps.

La description physique de Jésus comme Juif de Galilée du premier siècle n'est donc pas le tout de l'apparence du Christ. Son Incarnation dans le temps et dans la chair humaine ne signifient pas que sa personne se réduise à ses traits de Galiléen propre à sa trentaine d'années de vie terrestre au premier siècle.

Aucune description physique ne peut épuiser ce qu'il est.

Alexej von Jawlensky, (1864–1941), Face du Christ Sauveur (vers 1920, huile sur papier 37 x 28 cm), château de Charlottenbourg, Berlin, Allemagne. Domaine public.

Le visage du Christ se révèle dans ses actions

En fait, à bien y penser, la plupart voire la quasi-totalité des personnages bibliques ne sont pas décrits physiquement. Ainsi par exemple, on ne sait rien de l'apparence des apôtres, de saint Paul ou de Moïse. On a écrit un article sur la beauté de la Vierge Marie à partir de ce mystère : pourquoi souligne-t-on tant sa beauté alors qu'elle n'est jamais décrite physiquement ?

La raison de cette absence repose sur la spécificité de l'écriture hébraïque. En effet :

  • Tandis que la pensée grecque s'attache à la cohérence entre l'apparence physique et la personnalité, recoupant beauté et bonté sous un même prisme (selon le modèle du kaloskagathos),
  • la pensée hébraïque, elle, s'attache d'abord à présenter les êtres selon leurs actes.

Autrement dit : le visage du Christ transparaît d'abord dans les gestes et les actions qu'il pose tout au long de sa vie.

Le visage du Christ vivant

On vous invite à ce titre à lire le chapitre 25 de l'évangile de Matthieu. C'est tout simplement sublime. Le Christ y indique à ses disciples son visage vivant, lueur divine qui anime l'être humain :

« — J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, j'étais en prison et vous êtes venus à moi.

— Quand t'avons-nous vu étranger et nous t'avons accueilli ? Ou nu et nous t'avons vêtu ? Quand t'avons-nous vu malade ou en prison et nous sommes venus à toi ?

Répondant, le roi leur dira : — Amen je vous dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »

Cette icône de piété populaire représente la scène de la Nativité, et donne à la Sainte Famille des traits ethniques asiatiques.

Comme il y a beaucoup à dire sur cette question délicate, on a décidé d'en faire un deuxième épisode. Du coup, la semaine prochaine, on reviendra sur la question de la légitimité des représentations du Christ lui attribuant un visage correspondant à une culture et à une communauté.

En gros, on posera cette question : peut-on représenter Jésus avec des traits asiatiques ou européens ne correspondant pas à son probable portrait historique ? On a déjà donné des éléments de réponse aujourd'hui, certes, mais on y reviendra !

Le mot de la fin

On conclut tout en puissance et en finesse avec l'avertissement d'Albert Béguin sur la question du rapport que la Bible entretient avec l’historicité :

« La conscience historique ne peut plus être éliminée de nos activités, mais si féconde soit-elle chez ceux qui en ont la maîtrise, elle détourne l’attention des autres vers d’assez stériles curiosités.

Et pour la Bible c’est bien plus grave. On risque de l’habituer à rejeter à la distance historique ce qu’il faudrait précisément l’aider à resituer dans une présence constante. “Jésus en son temps”, comme dit l’autre ! C’est-à-dire Jésus contemporain d’Auguste et de Tibère.

Mais ce qu’il nous faut retrouver, c’est Jésus hic et nunc [ici et maintenant]. »

Albert Béguin, lettre adressée au Père Chifflot en réponse à une note en vue de l'édition manuelle de La Bible de Jérusalem qu'il lui avait envoyé, 6 septembre 1951,
cité sur Commencements, ("La Bible en ses traditions, 1") Peeters, 2020, p. 11.

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