Comment Pierre, Jacques et Jean sont-ils soudés ensemble par Jésus ? Que font-ils tous les trois ensemble ? Quel est le rôle de ce trio particulier d’apôtres ?

Quel est le point commun entre André-Pierre Gignac (footballeur) et Jean-Jacques Rousseau (philosophe) ?
Pas souvent associés dans la même phrase, les deux hommes sont liés... par leur prénom, tous deux issus des apôtres du Christ. En l’occurrence, chaque prénom composé réunit 2 personnages qui sont justement frères :
Bref, au milieu des douze apôtres que se choisit le Christ pour le suivre, deux fois deux d’entre eux sont frères. Allez, découvrons justement l'un des épisodes importants qui les concernent !
L'épisode qui suit intervient dans les dernières semaines de Jésus avant sa Passion.
Six jours après, Jésus prend Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart sur une haute montagne et il fut transfiguré devant eux. Son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.
Et voici, Moïse et Élie leur apparurent parlant avec lui. Pierre, intervenant, dit à Jésus :
— Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu veux, faisons ici trois tentes : une pour toi et une pour Moïse et une pour Élie.
Comme il parlait encore, voici, une nuée lumineuse les couvrit de son ombre et voici une voix de la nuée disant :
— Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me suis complu : écoutez-le.
En entendant cela, les disciples tombèrent sur leur face et craignirent beaucoup et Jésus s’approchant les toucha et dit :
— Levez-vous et ne craignez pas.
Levant leurs yeux, ils ne virent personne sinon Jésus seul.
Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur ordonna en disant :
— Ne dites à personne cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite des morts.

Il y a trois semaines, on s’est penché sur l’appel de quatre apôtres : Simon (Pierre), André, Jacques et Jean. Si vous avez un peu zappé ou tout bonnement oublié, voilà de quoi rafraîchir votre mémoire : rdv ici !
Dans l’évangile de Matthieu, ces quatre-là sont donc les quatre premiers apôtres appelés par Jésus (Mt 4, 12-22).
Qu'est-ce qu'il leur arrive ensuite ? Trois d’entre eux accompagnent Jésus en haut d’une montagne et assistent à la Transfiguration :
« Jésus prend Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart sur une haute montagne et il fut transfiguré devant eux. Son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. » (Mt 17, 1-2)
Lors de sa Transfiguration, Jésus leur manifeste sa divinité. Pour étudier ça en détail, ou vous renvoie à nos articles ici (avec du banjo) et là (avec Le Seigneur des Anneaux).
Seuls Pierre, Jacques et Jean assistent à cette scène. En redescendant de la montagne, Jésus leur dit d’ailleurs de ne rien révéler à personne. Pourquoi ? Eh bien parce que l’heure n’est pas encore venue pour témoigner. L’heure viendra plus tard. On appelle ça le « secret messianique » dans le jargon technique.

On ose poser la question de manière un peu naïve ou évidente... Mais où est passé André dans cette histoire ? Pourquoi le quattuor (ou du moins le double duo) est-il devenu… un trio ?
Mystère... Vraiment, on n'en sait rien. Rien n'indique pourquoi Jésus retient seulement Pierre, Jacques et Jean.
Pour le coup, désolé, notre éclairage n’éclaire pas grand-chose là-dessus... à l'inverse de Jésus qui, lui, ne se fait pas prier pour illuminer et resplendir magnifiquement — comme le représentent si bien les tableaux tout au long de notre analyse !
Pour en revenir au texte de l'évangile, ce qui est certain, c’est qu’en faisant de Pierre, Jacques et Jean des témoins de sa Transfiguration, Jésus institue un lien très fort avec ces trois hommes.
Ok, mais pour quoi faire ? Patience, on y vient !

Rebelote, re-voilà notre fameux trio à un moment clef
Pierre, Jacques et Jean ne sont pas seulement présents à la Transfiguration. Ils sont également présents à un autre moment clé de la vie de Jésus : son arrestation au Mont des Oliviers, la veille de sa Passion :
« Alors Jésus vient avec eux dans un domaine appelé Gethsémani. Et il dit à ses disciples : "Asseyez-vous ici pendant que j’irai là-bas et que je prie." Et prenant Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et affliction. » (Mt 26, 36-37)
Sentant sa mort approcher, Jésus entre en agonie. Dans ce moment de détresse totale et de déréliction, Jésus convoque à nouveau le fameux trio Pierre, Jacques et Jean. Mais sont-ils à la hauteur de la confiance qu'il place en eux ? Pas vraiment, non...
Bref, il y a une énorme disproportion entre la confiance de Jésus et la lâcheté des trois lascars. Tandis que Jésus fait d’eux des témoins privilégiés de sa gloire mais aussi de sa Passion et de sa mort imminente… eux, compagnons de la première heure, l’abandonnent au comble de sa souffrance.

Pour conclure, Pierre, Jacques et Jean sont des témoins privilégiés de ces deux moments fondamentaux que sont la Transfiguration et l’agonie au mont des Oliviers.
Ce double privilège leur confère ainsi une responsabilité toute particulière — qu'ils ne comprendront pleinement qu’après la mort et la Résurrection du Christ.
De manière flagrante, les tableaux nous aident à mettre en parallèle les deux épisodes (merci les artistes !) :
Bref, au cours de ces deux épisodes, Jésus prend avec lui le même trio (Pierre, Jacques et Jean)... et ce n'est pas un hasard ! D'une certaine manière, il prépare ces trois-là pour la suite.
Finalement, la gloire dévoilée à la Transfiguration... est donnée par avance, afin de fortifier Pierre, Jacques et Jean face à la nuit d'agonie du Christ puis face au scandale de la crucifixion.
Bref, la lumière du Christ Transfiguré est pédagogique : elle prépare Pierre, Jacques et Jean à la Passion et la Résurrection.

Publié à titre posthume, « Le Mont des Oliviers » du bon vieil Alfred de Vigny est un long poème en trois parties. Il traduit les angoisses et les doutes religieux du poète. En voici un extrait choisi :
Il s'arrête en un lieu nommé Gethsémani :
Il se courbe, à genoux, le front contre la terre,
Puis regarde le ciel en appelant : Mon Père !
Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas.
Il se lève étonné, marche encore à grands pas,
Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lente
Découle de sa tête une sueur sanglante.
Il recule, il descend, il crie avec effroi :
Ne pouviez-vous prier et veiller avec moi !
Mais un sommeil de mort accable les apôtres,
Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres.
Le fils de l'homme alors remonte lentement.
Alfred de Vigny (1797-1863), « Le Mont des Oliviers », Les Destinés, 1864

Pierre, Jacques et Jean forment un trio privilégié parmi les apôtres car Jésus les choisit pour assister à des moments essentiels de sa vie, comme la Transfiguration et l’agonie à Gethsémani. Ce choix crée un lien particulier entre eux et fait d’eux des témoins privilégiés de la gloire mais aussi de la souffrance du Christ.
Lors de la Transfiguration, Jésus emmène uniquement Pierre, Jacques et Jean sur la montagne afin de leur révéler sa divinité avant sa Passion. Cette scène prépare les trois apôtres à traverser le scandale de la crucifixion et annonce déjà la Résurrection du Christ.
L’Évangile ne précise pas pourquoi André est absent de la Transfiguration alors qu’il fait partie des premiers disciples appelés par Jésus. Le texte souligne simplement que Pierre, Jacques et Jean sont choisis comme témoins privilégiés de certains événements majeurs de la vie du Christ.
Pierre, Jacques et Jean accompagnent Jésus au jardin de Gethsémani juste avant son arrestation. Ils assistent à son angoisse et à sa prière au mont des Oliviers, mais s’endorment malgré la demande de Jésus de veiller avec lui. Leur présence montre à la fois la confiance que Jésus leur accorde et la fragilité des apôtres face à la Passion.