Rosalía cite la Bible dans son album « Lux »

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Comment Rosalía s’inspire-t-elle d’une célèbre punchline biblique ? D’où vient la phrase « ego sum lux mundi » ? Quel est le rapport entre l’artiste et la Bible ?

3 min 54 avec une pop-star espagnole, une citation latine, Henryk Siemiradzki, Valentin de Boulogne et Origène
Dernière mise à jour -  
25/6/2026

La réf’ biblique de Rosalía dans « Porcelena »

Depuis novembre 2025, tout le monde dit que l’album Lux de la superstar espagnole Rosalía est largement inspiré de références mystiques et religieuses.

Dans le refrain de son titre Porcelana par exemple, on entend deux phrases en latin :

  • « ego sum nihil » (je ne suis rien)
  • puis… « ego sum lux mundi » (je suis la lumière du monde)

Normalement, un egotrip c’est fait pour s’auto-flatter… mais là, on oscille entre deux extrêmes : le néant et la lumière du monde !

Ce refrain est-il simplement une magnifique punchline en langue morte ressuscitée pour l’occasion ? (Spoil : non)

On a fait nos recherches… et on a découvert que c’était une citation directe du personnage principal d’un bouquin qui date de presque deux millénaires !

Alors c’est parti pour découvrir ça : d’où vient la ref ? Que signifie-t-elle ? Comment l'interpréter ?

Le texte biblique à l’origine de la punchline reprise par Rosalía

Le mystérieux personnage à l’origine de ce l’expression « Je suis la lumière du monde » n’est autre que… Jésus lui-même. Donc pas étonnant que l’on retrouve cette formule au cœur des évangiles, en l’occurrence dans l’évangile de Jean. Maintenant, place à la lecture !

Jésus s’en alla sur le mont des Oliviers. À l'aube, il vint de nouveau dans le Temple. Et tout le peuple vint à lui et, s’étant assis, il les enseignait. Mais les scribes et les Pharisiens lui amènent une femme surprise en adultère et ils la placèrent au milieu.

Ils lui dirent :
— Maître, cette femme vient d'être surprise en adultère. Or dans la Loi Moïse nous a ordonné de lapider celles-là. Toi, donc, que dis-tu ?

Or ils disaient cela pour l'éprouver afin de pouvoir l’accuser, mais Jésus se penchant vers le bas, écrivait du doigt sur la terre. Comme ils persistaient à l’interroger il se redressa et leur dit :
— Qui d'entre vous est sans péché soit le premier contre elle à lancer la pierre !

Et de nouveau, se penchant, il écrivait sur le sol. Entendant, ils se retiraient l'un après l'autre commençant par les plus anciens et il resta seul, ainsi que la femme debout au milieu.

Se redressant, Jésus lui dit :
— Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ?

Elle dit :
— Personne, Seigneur.

Et Jésus dit :
— Je ne te condamnerai pas non plus. Va, et désormais ne pèche plus.

Et Jésus leur adressa de nouveau la parole, en disant :
— Je suis la lumière du monde. Qui se met à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie.

Évangile selon saint Jean, chapitre 8, verset 1 à 12. Traduit du latin de la Vulgate par le programme de recherches La Bible en ses Traditions.

Quel est le rapport entre la phrase de Jésus et la chanson de Rosalía ?

Henryk Siemiradzki (1843-1902), Christ et la pécheresse (détail,1873, huile sur toile, 250 x 499 cm), Musée d'État russe, Saint-Pétersbourg (Russie). Domaine public.

D’où vient la ref reprise par Rosalía ?

Pour mieux revenir à Rosalía, prenons le temps de nous arrêter sérieusement sur la phrase de Jésus, et son contexte un peu bizarre :

« Je suis la lumière du monde. Qui se met à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie. » (Jn 8, 12)

Cette énorme punchline de Jésus monte facilement dans le top 5 de ses phrases les plus déconcertantes. Elle sonne tellement fort… qu’elle en ferait presque oublier l’épisode qu’elle clôture !

Effectivement, on aurait pu isoler ce verset et vous épargner les onze versets qui précèdent. Était-ce simplement pour vous rajouter de la lecture ? Peut-être. Mais pas que. Donc non.

En fait, quelque chose nous a interpellés qui mérite d’être considéré : le « procès » d’une femme se termine, les pharisiens et les scribes se retirent, la séance est levée et Jésus conclut par une phrase un peu barrée…

Pourquoi dit-il cela ? Quel est le rapport avec la situation ?

Valentin de Boulogne (1591-1632), Christ et la femme adultère (vers 1620-1625, huile sur toile, 167 x 221 cm), Paul Getty Museum, Los Angeles (États-Unis). Domaine public.

Contexte : une phrase mystérieuse au cœur d’un procès

En fait, Jésus se trouve au cœur d’un « procès » : on lui demande de juger une femme surprise en flagrant délit d’adultère. Si vous voulez approfondir les différents éléments du dossier, on vous renvoie ici et , ou bien là-bas ou encore tout-là-bas, et nous on continue.

Pour en revenir à notre affaire, la mystérieuse phrase de Jésus se trouve au cœur d’une controverse où l’enjeu est de faire la vérité sur la situation. Or, contre toutes attentes, Jésus éclaire un tout autre élément — la culpabilité des accusateurs :

« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » (Jn 8, 7)

Et voilà le retournement de situation !!!

Jésus fait lumière à la fois sur la situation de cette femme accusée en public… et sur la situation de ces « juges ». En bref, on peut interpréter la « lumière » dont il parle comme :

  • la lumière qu’il fait : il clarifie la situation et fait vérité.
  • la lumière qu’il est : au passage, il affirme sa divinité.

Maintenant, nous avons quelques billes en main pour aborder la reprise de Rosalía !

William Holman Hunt (1827-1910), La Lumière du monde (1856, huile sur toile, 49 x 26 cm), Manchester Art Gallery, Manchester (Royaume-Uni). Domaine public.

« Porcelana » : le chant de la femme adultère ?

Pour mieux apprécier la réf de Rosalía, il faut se rappeler que Jésus ne se contente pas d’affirmer quelque chose sur lui.

Il promet d’associer ceux qui le suivent à cette lumière :

« Je suis la lumière du monde. Qui se met à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie. » (Jn 8, 12)

Jésus oppose ainsi :

  • les ténèbres (auxquelles il arrache)
  • et la lumière (à laquelle il associe).

Ce mouvement de distinction fait penser à l’action de Dieu qui sépare la lumière des ténèbres, dans le récit de Création.

On retrouve le même balancier et la même tension dans le refrain de Porcelana !

Hopla réveil musculaire et session gymnastique pour Rosalía en plein concert à Lyon en 2026... Et bientôt dans vos oreilles, on espère !

Conclusion : du néant à la lumière

Chez PRIXM, on est toujours émerveillés de constater que les artistes s’inspirent, et surtout dialoguent avec les textes bibliques... Alors, imaginez notre émotion quand on à découvert cette référence dans le dernier album de Rosalía !

Son morceau ne se contente pas de faire allusion à la célèbre parole de Jésus, il témoigne de son actualité dans la pensée de l’artiste. Concrètement, on peut interpréter cette allusion comme une triple expérience :

  • l’expérience du néant : « ego sum nihil », c’est ce que pourrait penser la femme adultère dans son malheur. Rosalía l’actualise, comme le chant moderne d’une femme brisée par l’épreuve.
  • l’expérience de la lumière : « ego sum lux mundi », c’est l’expérience de la lumière qui sauve et qui juge.
  • l'expérience d'un dialogue salvateur : le morceau est un duo entre Rosalía et le rappeur américain Dougie F qui pourrait rappeler l’échange de Jésus et la femme adultère.

Et voilà pour notre analyse et interprétation. On vous invite à la faire tourner allègrement auprès de vos amis, vos familles, vos proches !!!

Voilà de quoi vous donner un aperçu de la couleur éminemment spirituelle de cet album !

Le mot de la fin ✍️

Immense bibliste du IIIe siècle, Origène rappelle, un peu comme Rosalía en son temps, que chaque personne qui rencontre le Christ est elle-aussi appelée à devenir lumière du monde. Attention ça envoie :

« Le Christ est “la lumière véritable qui illumine tout homme venant dans ce monde” ; et l’Église, illuminée par sa lumière, devient elle-même “la lumière du monde” illuminant “ceux qui sont dans les ténèbres”, comme le Christ lui-même l’atteste quand il dit à ses disciples : “vous êtes la lumière du monde”.

D’où il ressort que le Christ est la lumière des Apôtres, et les Apôtres à leur tour la lumière du monde. »

Origène (182-202), Homélie sur la Genèse, Livre I, §7, 12-18

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Questions Fréquentes

D’où vient la phrase « Je suis la lumière du monde » reprise par Rosalía ?

L'expression « Je suis la lumière du monde » est une citation directe de Jésus dans l'Évangile selon saint Jean (Jn 8,12). Rosalía la reprend en latin (« ego sum lux mundi ») dans son morceau Porcelana, en écho à un épisode célèbre : la rencontre entre Jésus et la femme surprise en adultère. Cette référence biblique donne une profondeur spirituelle à son refrain.

Pourquoi Jésus dit-il « Je suis la lumière du monde » au beau milieu d'un procès ?

Jésus prononce cette phrase à la fin du récit de la femme adultère, juste après avoir mis en lumière la situation de chacun. En invitant les accusateurs à regarder leurs propres fautes — « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre » — il révèle la vérité sur leur cœur autant que sur celui de la femme. La « lumière » désigne ainsi à la fois la vérité que Jésus révèle et son identité divine.

Que signifie « Je suis la lumière du monde » dans la Bible ?

Lorsque Jésus affirme : « Je suis la lumière du monde », il déclare qu'il est celui qui éclaire l'humanité et conduit à la vie. Il promet que ceux qui le suivent ne marcheront plus dans les ténèbres mais recevront « la lumière de la vie ». Dans l'Évangile de Jean, cette lumière est à la fois une révélation, un salut et une manifestation de la présence de Dieu.

Quel est le lien entre la lumière de Jésus et le récit de la Création ?

L'opposition entre la lumière et les ténèbres rappelle en fait le premier chapitre de la Genèse, où Dieu sépare la lumière des ténèbres. De la même manière, Jésus arrache l'humanité aux ténèbres du péché pour l'introduire dans la lumière. Cette image éclaire aussi le refrain de Rosalía, qui passe du « ego sum nihil » (« je ne suis rien ») à « ego sum lux mundi », évoquant un passage du désespoir à la lumière.

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