Quelles sont les différences entre la Bible et le Coran ? Peut-on comparer la Bible et le Coran ? Quel est le lien entre Coran et Évangile ?
C’est un prisme particulier chez PRIXM : quand on évoque l’Islam, on ne peut pas s’empêcher de mettre des vidéos de barbus. Après les moines de Valaam, on vous propose d’écouter ces chants de Noël ukrainiens qui nous ont éblouis par leur beauté.
Comme d’habitude, chez PRIXM, quand on parle du Coran, on fait appel à nos copains dominicains du Caire.
Basé dans la capitale égyptienne, l’IDÉO, Institut dominicain d’études orientales, est un repaire d’érudits parlant l’arabe à merveille et disposant d’une des plus incroyables bibliothèques pour étudier l’Islam. On leur doit cet éclairage passionnant.

Après la fête de la Nativité, les chrétiens célèbrent la circoncision, la visite des Rois mages, puis le baptême du Christ.
C’est l’occasion de comparer la façon dont le Coran et la Bible parlent de ces événements. Car au cas où vous l’auriez oublié, le Coran s’intéresse à la figure du Christ.
À force de faire du comparatisme, on finit par croire que l’Islam et le Christianisme sont comparables. On a longtemps fait du comparatisme terme à terme : la Bible et le Coran, Jésus et Muḥammad, le Carême et le Ramadan…
On s’est ensuite rendu compte que ce serait plus juste de comparer les fonctions occupées par ces divers éléments.
Ainsi par exemple, on a pu dire que :
Il est aujourd’hui plus habituel parmi les spécialistes de mettre l’accent sur nos différences, sur des éléments absents ou des fonctions laissées vacantes, et sur le narratif propre à chaque religion.

Il est tout à fait naturel de se poser la question, quand on est chrétien, de ce que le Coran ou la tradition musulmane dit de la visite des Rois mages à la crèche, de la circoncision de Jésus, ou de son baptême par Jean.
Or le Coran et la tradition musulmane ignorent totalement ces événements de la vie du Christ. Le Christ coranique n’a que peu de rapport avec le Christ biblique.
Le Christ coranique, que le Coran nomme Issa, est un homme parfait, né sans père comme Adam, et envoyé aux Juifs pour leur annoncer l’Islam. Son retour marquera la fin des temps. Tout ceci peut sembler bien familier.
Mais le Christ coranique :

Tout ceci est d’autant plus déconcertant qu’il y a énormément de points de contact entre le Coran et le Nouveau Testament autour de ces événements :
Mais tous ces éléments sont mis au service d’un narratif très différent, de même qu’un réalisateur peut monter des histoires très différentes à partir des mêmes rushes.
Ou plutôt comme un remake peut transmettre un message différent à partir d’une même histoire.
Ici, si le Coran se passe de tous ces détails, c’est qu’il n’a pas besoin de montrer :

« Dans la situation dramatique qui est la nôtre, où les défis qui nous sont posés sont considérables, rien n’est plus urgent sans doute que de prendre le temps de comprendre en profondeur. »
Adrien Candiard, Comprendre l’Islam ou plutôt pourquoi on n’y comprend rien, Flammarion, 2016, Paris

Le Coran reprend de nombreux éléments du Nouveau Testament, mais il les met au service d’un narratif très différent, comme un remake qui transmet un autre message à partir d’une même histoire. C’est l’analyse des dominicains de l’IDÉO, l’Institut dominicain d’études orientales, au Caire. Malgré ces points de contact, le Christ coranique n’a que peu de rapport avec le Christ biblique.
Dans le Coran, Jésus, nommé Issa, est un homme parfait, né sans père comme Adam, et envoyé aux Juifs pour leur annoncer l’Islam. Son retour marquera la fin des temps. Pour le Coran, Jésus est un prophète important, et non le Fils de Dieu. Ces traits peuvent sembler familiers à un lecteur chrétien, mais ils dessinent une figure très différente du Christ des évangiles.
Le Coran ignore la visite des Rois mages, la circoncision et le baptême de Jésus parce qu’il n’en a pas besoin. Les mages montrent que la promesse faite au peuple juif s’étend à toutes les nations, or le Coran récuse cette promesse. La circoncision montre un Christ qui accomplit la Loi juive, alors que le Christ coranique vient annoncer l’Islam. Au baptême, le Père révèle son Fils, ce que le Coran ne reconnaît pas.
Le Coran connaît bien Jean, le cousin de Jésus, fils de Zacharie et d’une mère stérile. Comme dans le Nouveau Testament, Zacharie reste muet trois jours, signe donné par Dieu pour accompagner l’annonce de cette naissance extraordinaire. Le Coran présente Jean, l’ascète du désert, comme une sorte de « jumeau mystique » de Jésus, qui vit, lui, au milieu des gens.
La Bible et le Coran se comparent mal terme à terme. On a d’abord comparé la Bible et le Coran, Jésus et Muḥammad, le Carême et le Ramadan, puis plutôt les fonctions : le Coran, parole révélée dans sa littéralité, occuperait dans l’Islam la place de Jésus, Verbe de Dieu, dans le christianisme, et Muḥammad, interprète de la Loi de Dieu, celle du Saint-Esprit. Les spécialistes insistent aujourd’hui sur les différences.