Qui sont les personnages qui entourent Jésus à sa mort ? Que se passe-t-il après sa résurrection ? Fra Angelico est-il fidèle au texte biblique ?

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Qui sont les personnages qui entourent Jésus à sa mort ? Que se passe-t-il après sa résurrection ? Fra Angelico est-il fidèle au texte biblique ?

3 minutes 44 secondes avec Elvis Presley, Fra Angelico et Joris-Karl Huysmans
Dernière mise à jour -  
24/2/2026

Le King Elvis devant le « roi des Juifs »

Dans sa chanson If That Isn't Love, le King Elvis Presley parle de Jésus sur la croix :

Was the lonely hill of Golgotha / There to lay down His life for me / And if that isn't love
Sur la colline solitaire du Golgotha / Il est là pour donner sa vie pour moi / Si ça ce n’est pas de l’amour !

L’épisode de la crucifixion est l’une des scènes les plus représentées dans l’histoire de l’art... Mais aujourd’hui on va s’intéresser à ce qu’il se passe juste après, lorsque Jésus est descendu de la croix. Et on va parler peinture !

Le texte biblique qui raconte la crucifixion de Jésus

Après avoir été condamné à mort par Ponce Pilate, Jésus est crucifié sur le mont Golgotha.

Comme c’était la Préparation de la Pâque, les Juifs, pour que les corps ne restassent pas sur la croix pendant le sabbat (c’était en effet le grand jour ce sabbat), demandèrent à Pilate que fussent brisées leurs jambes et qu’ils fussent enlevés.

Les soldats vinrent donc et ils brisèrent les jambes du premier puis de l’autre qui avait été crucifié avec lui. Mais, étant venus à Jésus, quand ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes mais l’un des soldats de sa lance lui perça le côté et aussitôt sortit du sang et de l’eau.

Et celui qui a vu a rendu témoignage et il est véridique, son témoignage. Et celui-là sait qu’il dit vrai, pour que vous aussi vous croyiez. Car cela est arrivé afin que l’Écriture s’accomplît : « Aucun os ne lui sera cassé. » Et encore une autre Écriture dit : « Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé. »

Après cela, Joseph d’Arimathie, étant disciple de Jésus (mais en secret par crainte des Juifs), demanda à Pilate d’enlever le corps de Jésus et Pilate le permit : il vint donc et enleva le corps de Jésus.

Or Nicodème aussi vint, lui qui était venu à Jésus de nuit, au début apportant un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de bandelettes avec les aromates comme c’est la coutume d’ensevelir pour les Juifs.

Or, au lieu où il fut crucifié, il y avait un jardin et dans le jardin un sépulcre neuf où personne n’avait encore été mis. C’est donc là, à cause de la Préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche, qu’ils déposèrent Jésus.

Évangile selon saint Jean, chapitre 19, versets 31 puis 42. Traduit du grec par les équipes du programme de recherches La Bible en ses Traditions.

La descente de croix by Fra Angelico 🎨

Fra Angelico (ca 1395-1455), La Descente de la croix (ca 1423-1432, tempera et bois de peuplier sur panneau, 275 x 285 cm), partie du retable La Sainte Trinité, Basilique Saint-Marc, Venise (Italie). Domaine public.

Demandez le programme

Aujourd'hui on vous propose un éclairage centré sur le tableau ci-dessus, peint par un certain Guido di Pietro, homme d'Église, religieux dominicain... plus communément appelé « le peintre des anges » ... bref, Fra Angelico.

On va donc analyser quelques détails et se poser 4 grandes questions :

  • Qui sont les femmes qui composent le groupe sur la gauche du tableau ?
  • Qui sont les hommes, à droite ?
  • Pourquoi les deux groupes sont-ils si nettement séparés ?
  • Y a-t-il des détails pour mieux comprendre la scène représentée ?
Fra Angelico (ca 1395-1455), détail de La Descente de la croix (ca 1423-1432, tempera et bois de peuplier sur panneau, 275 x 285 cm), Basilique Saint Marc, Venise (Italie). Domaine public.

Qui sont les femmes sur la gauche du tableau ?

Contexte : Jésus est mort. Ses disciples viennent décrocher son corps en haut de la croix afin d’accomplir les rites de la coutume juive : le corps va être parfumé d’aromates, enveloppé de linges et déposé dans un tombeau.

On peut reconnaître plusieurs femmes dans cette toile de Fra Angelico.

  • D’abord, Marie, la mère de Jésus (sur la gauche du tableau, au centre du groupe de femmes). Elle se tient à genoux, en prière. Elle porte une auréole dans laquelle on peut lire « Maria ». Elle est vêtue en bleu et rouge, ses couleurs traditionnelles.
  • Ensuite, Marie-Madeleine (au premier plan à gauche, en rouge vif). Elle est en train d’embrasser les pieds du Christ. On la reconnaît car elle est la seule femme avec les cheveux lâchés. Dans l'iconographie traditionnelle, les cheveux non couverts symbolisent les « femmes de mauvaise vie ». Or, dans les évangiles, Marie-Madeleine est décrite comme une ancienne « pécheresse » (Lc 7).
  • Enfin, les trois autres femmes avec une auréole et les mains jointesautour la Vierge sont probablement ce que la tradition chrétienne appelle « les saintes femmes ». Elles assistent à la déposition du corps dans le tombeau et ce sont elles qui se rendront à ce même tombeau le matin de la Résurrection. Leurs identités diffèrent selon les évangiles.

Ces cinq personnages féminins sont donc assez reconnaissables et attirent le regard par leurs postures et leurs auréoles brillantes.

Fra Angelico (ca 1395-1455), détail de La Descente de la croix (ca 1423-1432, tempera et bois de peuplier sur panneau, 275 x 285 cm), Basilique Saint Marc, Venise (Italie). Domaine public.

Qui sont les hommes qui descendent le corps de Jésus ?

Cinq hommes s'activent pour descendre de la croix le corps de Jésus. Trois d’entre eux se distinguent tout particulièrement... avec chacun une auréole autour de la tête. On avoue que pour les deux premiers nommés, rien ne permet résolument de les distinguer :

  • Joseph d’Arimathie est peut-être le personnage en haut sur l’échelle de gauche : « Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. » (Jn 19, 38). Ses manches sont relevées pour accomplir la tâche difficile qui lui incombe et c’est lui qui semble diriger l’action du groupe. Anecdote bonus : dans la tradition chrétienne, Joseph d'Arimathie est le saint patron des fossoyeurs.
  • Nicodème est alors représenté en haut, sur l’échelle de droite : « Or Nicodème aussi vint, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres » (Jn 19, 39). Nicodème est un notable juif venu voir Jésus, de nuit (Jn 3, 1ss). C'est un homme riche (comme l’indique la valeur des parfums qu’il apporte pour le corps de Jésus). Ses vêtements en témoignent : son chapeau et sa tunique sont brodés d’or et sa chevelure est soigneusement bouclée. Son âge assez avancé peut renvoyer à sa sagesse et au respect qu’il suscite.
  • Enfin, l’apôtre Jean est le jeune homme à droite, vêtu de bleu. Bien plus jeune que Nicodème et Joseph d’Arimathie, il tient Jésus par le côté. Son regard est tourné vers le Christ et ses yeux expriment une immense douceur.

Mais où sont passés les autres apôtres du Christ ? Aucun ne semble être présent, excepté Jean.

Ici, Fra Angelico est fidèle aux évangiles. Jean (alias « le disciple bien-aimé ») est bel et bien le seul apôtre présent au pied de la croix. Tous les autres ont eu peur et ont fui, abandonnant Jésus.

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie [femme] de Cléophas et Marie la Magdaléenne.
Jésus donc, ayant vu sa mère et se tenant là le disciple qu’il aimait, dit à sa mère :
— Femme, voici ton fils. » (Jn 19, 25-26)
Fra Angelico (ca 1395-1455), détail de La Descente de la croix (ca 1423-1432, tempera et bois de peuplier sur panneau, 275 x 285 cm), Basilique Saint Marc, Venise (Italie). Domaine public.

Les femmes d'un côté les hommes de l'autre

On peut le remarquer au premier coup d’œil, il y a deux groupes bien distincts dans ce tableau : les femmes (à gauche) et les hommes (à droite). En fait, on peut interpréter ce tableau comme une sorte de frise chronologique des derniers instants de Jésus :

  • À droite, le groupe d’hommes symbolise sa Passion. L’un d’entre eux (ci-dessus) porte d’ailleurs dans ses mains la couronne d’épines et trois clous, éléments les plus emblématiques de ce supplice.
  • Au centre, Jésus est descendu de sa croix par Joseph d’Arimathie, Nicodème, Jean et deux autres personnages. Cette scène centrale représente la mort du Christ (oui, c’est évident mais on le dit quand même).
  • À gauche, le groupe des femmes symbolise sa future Résurrection. En effet, trois d’entre elles portent un long linge blanc. Il s’agit du linceul qui enveloppera Jésus dans la tombe. Ces saintes femmes seront les premiers témoins de la Résurrection.
Fra Angelico (ca 1395-1455), détail de La Descente de la croix (ca 1423-1432, tempera et bois de peuplier sur panneau, 275 x 285 cm), Basilique Saint Marc, Venise (Italie). Domaine public.

Pourquoi ce paysage paradisiaque ?

Pour conclure, disons un mot du paysage général de la toile. L’atmosphère dramatique donne à voir la souffrance du Christ. Le sang qui coule au bas de la croix en témoigne, ainsi que le rouge des vêtements de plusieurs personnages et le rouge des maisons de la ville de Jérusalem, à l'arrière-plan. Ce rouge symbolise le sang, la souffrance et la mort.

« Au lieu où il fut crucifié, il y avait un jardin et dans le jardin un sépulcre neuf où personne n’avait encore été mis. C’est donc là, parce que le sépulcre était proche, qu’ils déposèrent Jésus. » (Jn 19, 41-42)

Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, ce tableau est assez gai.Les couleurs sont chaudes, vives et variées. La scène se passe en plein jour dans un jardin, la végétation est abondante, l’herbe est tendre, les fleurs ont éclos. En fait, cette scène respire la vie. Que suggère donc l’artiste ? Pourquoi cette superposition de la mort et de la vie sur cette toile ?

En fait, Fra Angelico représente cette scène de manière théologique. Pour le chrétien qu’il est, Jésus est mort sur la croix pour sauver l’humanité et donner la vie éternelle. La mort de Jésus est donc interprétée comme une « renaissance »... que Fra Angelico symbolise ici par le printemps, saison où tout renaît.

Fra Angelico (ca 1395-1455), La Descente de la croix (ca 1423-1432, tempera et bois de peuplier sur panneau, 275 x 285 cm), Basilique Saint Marc, Venise (Italie). Domaine public.

Le mot de la fin ✍️

On termine avec une courte citation du richement prénommé Joris-Karl Huysmans à propos de Fra Angelico (qui était non seulement peintre de génie, mais aussi et surtout moine dominicain). Pour l’écrivain français, l’œuvre de l’artiste italien transcende le simple acte de peindre :

« [La peinture de Fra Angelico], c’est l’âme d’un extraordinaire moine, d’un saint que nous voyons dans cette glace colorée où elle s’épand sur des créatures peintes. »

Joris-Karl Huysmans (1848-1907), texte publié en 1895 dans la revue allemande Pan.

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Questions Fréquentes

Que représente le tableau La Descente de la Croix de Fra Angelico ?

Le tableau La Descente de la Croix peint par Fra Angelico illustre un moment biblique crucial : la descente du corps de Jésus de la croix après sa crucifixion. Ce tableau met en lumière les personnages qui assistent à cette scène dramatique, notamment les disciples, les femmes et les hommes impliqués dans l'enterrement de Jésus.

Pourquoi les femmes et les hommes sont-ils séparés dans le tableau ?

Le groupe d'hommes à droite représente la Passion de Jésus, symbolisant sa souffrance et son sacrifice. Le groupe de femmes à gauche est lié à la Résurrection, représentant l’espérance et la vie après la mort. Cette séparation souligne la transition entre la souffrance et la promesse de la vie éternelle.

Quel message théologique Fra Angelico veut-il transmettre à travers cette scène ?

Fra Angelico illustre la théologie chrétienne de la Rédemption : la mort de Jésus sur la croix est à la fois une fin tragique et un commencement. Il montre que la souffrance de Jésus ouvre la voie à la vie éternelle. La scène de la crucifixion est symboliquement liée à la résurrection, en apportant la promesse de la vie nouvelle à travers le sacrifice.

Comment ce tableau de Fra Angelico se distingue-t-il des autres représentations de la crucifixion ?

Fra Angelico s’éloigne des représentations traditionnelles de la crucifixion en choisissant de représenter l'instant qui suit la mort de Jésus, en se concentrant sur l'impact émotionnel du moment plutôt que sur la souffrance physique de la crucifixion. Le paysage lumineux et les personnages en prière invitent à la réflexion sur le mystère de la Rédemption.

Pourquoi le tableau montre-t-il un paysage paradisiaque ?

Malgré la scène dramatique de la crucifixion, Fra Angelico représente un jardin verdoyant, vibrant de vie. Le rouge des vêtements et de l’arrière-plan rappelle la souffrance de Jésus, mais le tableau respire aussi la renaissance symbolisée par le printemps. Cela reflète la croyance chrétienne que la mort de Jésus apporte la vie éternelle.

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