Jésus sur la croix : un cri d'agonie face à l'abandon ?

Le Christ, sur le point de mourir, gémit : « Mon Dieu, mon Dieu, à quoi m’as-tu abandonné ! » Est-ce un cri d'agonie ? de désespoir ? Quel est le lien avec les psaumes ?‍

6 minutes et 37 secondes avec les Monty Python, Yan Pei Ming, Justin Bieber, Paschase Radbert et Albert Camus
Dernière mise à jour -  
22/10/2020

Quand les Monty Pythons parodient la scène de la crucifixion

On ne présente plus les Monty Python, l'équivalent anglo-saxon des Inconnus. Pour leur deuxième film, ils voulaient réaliser une satire sur la vie de Jésus mais y renoncèrent car on ne pouvait, selon eux, se moquer de cette vie. Ils racontèrent finalement la vie d’un pauvre type, Brian, vivant à l'époque de Jésus et crucifié comme lui.
La scène de la crucifixion de Brian a été dénoncée comme un terrible blasphème, mais chez PRIXM on préfère y voir la parodie d’une attitude assez agaçante : l’invitation à se réjouir et être heureux alors même que l’on traverse une épreuve difficile.

Le texte biblique qui raconte la mort de Jésus sur la croix

Jésus est crucifié par les soldats romains.

Alors sont crucifiés avec lui deux brigands un à sa droite et un à sa gauche.

Ceux qui passaient par là l'injuriaient en remuant la tête et disaient :

— L’homme qui détruit le sanctuaire et en trois jours le bâtit, sauve-toi toi-même si tu es le Fils de Dieu et descends de la croix !

Semblablement les grands prêtres se gaussant avec les scribes et les anciens disaient :

— Il en a sauvé d’autres et lui-même il n’arrive pas à se sauver ! Si c’est le roi d’Israël qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui, il s’est confié en Dieu, qu’il le délivre sur le champ s’il tient à lui car il a dit « de Dieu je suis fils ».

Or les brigands crucifiés avec lui l’accablaient aussi des mêmes moqueries. À partir de la sixième heure il y eut des ténèbres jusqu’à la neuvième heure, vers la neuvième heure Jésus gémit d’une voix forte disant :

— Eli Eli lama sabachthani.

C’est-à-dire :

— Mon Dieu, mon Dieu, à quoi m’as-tu abandonné !

L’entendant, certains de ceux qui se tenaient là dirent :

— C’est Élie qu’il appelle, celui-ci.

Et étant accouru aussitôt l’un d’eux ayant pris une éponge l’ayant gorgée de vinaigre et l’ayant fixée autour d’un roseau essayait de le faire boire.

Et les autres disaient :

— Voyons voir si Élie vient le sauver.

Mais Jésus cria de nouveau d’une voix forte et remit l’esprit.

Chapitre 27, versets 38 à 50 de l'Évangile selon saint Matthieu dans le Nouveau Testament. Traduit du texte grec par les équipes de notre programme de recherches La Bible en ses traditions.

L'éclairage

crucifixion Jésus jaune femmes paysage colline Gauguin
Paul Gauguin (1848-1903), Le Christ jaune, (huile sur toile, 1889), Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, États-Unis

Une phrase-clef, deux lectures possibles

La phrase de Jésus « Mon Dieu, mon Dieu à quoi m’as-tu abandonné » peut s’interpréter de 2 façons :

  • En la considérant seule, pour elle-même ;
  • Ou en la rattachant au psaume 22 qui démarre de la même manière.

Explorons chaque interprétation. 👇

La phrase seule « À quoi m’as-tu abandonné ? »

Pour en analyser le sens, il faut s'intéresser aux différentes traductions faites de la phrase. En effet, « à quoi » peut être traduit autrement. Si on regarde dans les manuscrits grecs et syriaques, voilà les sens qu'elle pouvait avoir :

En grec :

  • L’expression se traduirait par « pour qu’arrive quoi m’as-tu abandonné » qui souligne le sentiment de perte de sens de Jésus sur la croix.

En syriaque, 2 options possibles :

  • « Pourquoi m’as-tu abandonné » qui exprime un sentiment de déréliction. Jésus se sent privé de tout secours ;
  • Ou « pour quoi m’as-tu abandonné » qui exprime un sentiment de stérilité.

👉 L’expression que nous avons retenue, « à quoi m’as-tu abandonné » veut inclure toutes ces dimensions du sentiment de Jésus et traduire sa souffrance totale, son sentiment d’abandon et de solitude absolu.

christ croix torse nu Zurbaran
Francisco de Zurbarán (1598-1664), Le Christ en croix (1627), Article Institute of Chicago, États-Unis

Cette même phrase, ailleurs dans les Écritures

Jésus, qui connaissait parfaitement les Écritures, prononce en fait le 2eme verset du psaume 22. La lecture de ce psaume donne la clé du cri de désespoir de Jésus. Composé plusieurs siècles avant, il exprime mystérieusement tous les sentiments du Christ durant sa Passion. Le lire est presque troublant :

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Loin de mon salut les paroles de mon rugissement !
Mon Dieu, j'appelle, le jour, et tu ne réponds pas la nuit — et pas de silence pour moi.
[...]
Et moi, un ver, et non un homme mépris de l'humain et dédaigné du peuple.
Tous ceux qui me voient se moquent de moi ils ouvrent la lèvre, ils secouent la tête :
— Roule-toi vers YHWH ! Il le libérera il le délivrera car il s'est plu en lui.
Car toi, me faisant surgir du ventre, me faisant avoir confiance, sur les mamelles de ma mère, sur toi j'ai été jeté depuis le sein, depuis le ventre de ma mère, mon Dieu c'est toi.
Ne sois pas loin de moi, car l’adversité [est] proche, car [il n'y a] personne qui aide.
[...]
Car des chiens m’ont entouré, un rassemblement de malfaisants m'ont cerné
comme un lion, ils ont déchiré mes mains et mes pieds. Je décris tous mes os
Eux, ils regardent et ils me voient. Ils partagent mes habits entre eux et sur mon vêtement ils font tomber le sort.
Mais toi, YHWH, ne sois pas loin ! [Ô] ma force, à mon aide ! Presse-toi !
Délivre de l’épée ma gorge de la main du chien mon unique ! Sauve-moi de la bouche du lion et des cornes des buffles !
Christ crucifié croix couronne épine velasquez
Vélasquez (1599-1660), Christ crucifié (vers 1632), Musée du Prado, Madrid, Espagne
Tu m'as répondu, mon humiliation ! Je décrirai ton nom à mes frères, au milieu de l’assemblée je te louerai.
Ceux qui craignent YHWH, louez-le ! Toute la race de Jacob, glorifiez-le ! Redoutez-le, toute la race d’Israël !
Car il n’a pas dédaigné et n'a pas abhorré l'humiliation de l'humilié, il n'a pas tourné sa face [loin] de lui et son cri vers lui, il [l']a entendu. [À cause] de toi, ma louange dans la grande assemblée ! [...]
Il vivra, votre cœur, à jamais.
Elles se souviendront et reviendront vers YHWH, toutes les extrémités de la terre, elles se prosterneront en face de toi, toutes les familles des nations. Car à YHWH la royauté [lui,] dominant parmi les nations.
Ils ont mangé et se sont prosternés, tous les gras de la terre, en face de lui se plieront tous ceux qui descendent à la poussière. [...]
La race le servira elle sera décrite au Seigneur pour une génération. Ils viendront et annonceront sa justice au peuple né, car [c'est cela qu']il a fait le Seigneur.

Psaume 22 dans l'Ancien Testament. Traduit du texte massorétique (hébreu) par l'abbé Marc Girard de Chicoutimi au Québec.

Entendre le cri de Jésus en écho avec ce psaume

Christ croix Golgotha foule sombre Munch
Edvard Munch (1863-1944), Golgotha, (huile sur toile, 1900), Munch Museum, Oslo, Norvège.

Ce psaume immense se suffit à lui-même. Nous ne le commenterons pas en longueur, mais avez-vous seulement remarquer les 2 parties qui le composent :

  • La première s’ouvre par « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » et s’étend jusqu’à « des cornes de buffle » ;
  • La deuxième commence par « Tu m’as répondu » . Le psaume change alors de ton : il est une louange à Dieu qui sauve l’humilié.

👉 C’est l’espérance de ceux qui lisent le texte de la Passion en sachant que le Christ est ressuscité.

Les mots de la fin

Il y a deux façons d’interpréter « Mon Dieu, mon Dieu à quoi m’as-tu abandonné » : d'un côté en considérant ce cri seul, ou de l'autre en le rapprochant du psaume 22 dont il est le 1er verset. Nous pensons qu’il faut absolument tenir les deux interprétations. On conclut donc avec deux mots de la fin :

« Le Christ est venu résoudre deux problèmes principaux, le mal et la mort, qui sont précisément les problèmes des révoltés. Sa solution a consisté d’abord à les prendre en charge. Le dieu homme souffre aussi, avec patience. Le mal ni la mort ne lui sont plus absolument imputables, puisqu’il est déchiré et meurt. La nuit du Golgotha n’a autant d’importance dans l’histoire des hommes, que parce que dans ces ténèbres la divinité, abandonnant ostensiblement ses privilèges traditionnels, a vécu jusqu’au bout, désespoir inclus, l’angoisse de la mort. On s’explique ainsi le Lama sabactani et le doute affreux du Christ à l’agonie. L’agonie serait légère si elle était soutenue par l’espoir éternel. Pour que le dieu soit un homme, il faut qu’il désespère ».

Albert Camus (1913-1960), L’Homme révolté (1951). Quilliot Roger et Faucon Louis (éd.), Camus : Essais (Bibliothèque de la Pléiade 183), Gallimard, Paris, 1965.

« Il faut chercher en quoi la voix du Christ fut forte, si c’est seulement par le retentissement du cri, ou si elle fut forte en raison du mystère, en présence de réalités mystiques. [...] Chaque fois que, dans les Écritures saintes, on lit le cri de Jésus ou le cri de Dieu ou le cri de la sagesse, il faut toujours comprendre quelque grand et ineffable sacrement/mystère ».

Paschase Radbert (ca. 790-865 ap. J.-C.), Expositio in evangelium MatthaeiPaulus Beda (éd.), Pascasii Radberti : Expositio in Matheo libri XII, 3 vol. (Corpus Christianorum : Continuatio Mediaevalis 56, 56A, 56B), Turnhout : Brepols, 1984

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