Qui est Job dans la Bible ? Quelle est son histoire ? Pourquoi souffre-t-il ?
L’histoire de Job, c’est l’histoire d’un personnage biblique qui perd tout.
Il est tellement ruiné et réduit à néant que son histoire est devenue une expression française (certes désuète et fort peu usitée par les millenials, mais il ne tient qu’à nous d’inverser cette tendance, NDLR)...
« Pauvre comme Job », voilà l’expression en question, que Marie Laforêt reprend justement dans son morceau « Pauvre comme Job » sorti en 1993.
Et maintenant que vous avez la ref, place au texte qui inspira la langue française et la chanteuse franco-suisse.
Découvrez le chapitre 1 du Livre de Job. Comme ça on commence par le début (ah oui tiens pas bête ça). C’est un poil long mais ça se lit très facilement, comme une histoire à rebondissements.
Il y avait en terre de Hus un homme nommé « Job » : cet homme était intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal.
Il lui naquit sept fils et trois filles ; il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et un très grand nombre de serviteurs : et cet homme était le plus grand de tous les fils de l’Orient.
Ses fils avaient coutume d’aller les uns chez les autres et de se donner un festin, chacun à leur tour et ils envoyaient inviter leurs trois sœurs pour qu’elles mangent et boivent avec eux. Et quant le cercle des festins était fini, Job envoyait chercher ses fils et les purifiait ; puis il se levait de bon matin et offrait un holocauste à chacun d’entre eux. En effet, disait-il :
— Peut-être mes fils ont-ils péché et béni Dieu dans leur cœur ?
Et Job faisait ainsi chaque fois…
Or, un certain jour, comme les fils de Dieu venaient se tenir devant YHWH et Satan était présent parmi eux.
Et YHWH dit à Satan :
— D’où viens-tu ?
Satan répondit à YHWH et dit :
— J’ai parcouru la terre et m’y suis promené...
YHWH dit à Satan :
— As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a pas d’homme comme lui sur la terre, intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal !
Satan, répondit à YHWH :
— Job ne craint-il pas Dieu en vain ? Ne l’as-tu pas entouré comme une clôture, lui, sa maison et tous ses biens, béni l’œuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays. Mais étends la main, touche à tout ce qui lui appartient, et certainement il te bénira en face !
YHWH dit à Satan :
— Voici, tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir, seulement n’étends pas sur lui ta main.
Et Satan se retira de devant la face de YHWH.
Or, comme un certain jour ses fils et ses filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné, un messager vint dire à Job :
— Les bœufs étaient à labourer et les ânesses paissaient autour d’eux, tout à coup les Sabéens sont survenus et les ont enlevés. Ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée et je me suis échappé, moi seul, pour te l’annoncer.
Il parlait encore, lorsqu’il en vint un autre et dit :
— Le feu de Dieu est tombé du ciel, il a embrasé les brebis et les serviteurs et les a dévorés je me suis échappé, moi seul, pour te l’annoncer.
Il parlait encore, lorsqu’il en vint un autre et dit :
— Les Chaldéens, partagés en trois bandes, se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés. Ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée et j’ai fui, moi seul, pour te l’annoncer.
Il parlait encore, lorsqu’un autre arriva et dit :
— Tes fils et tes filles mangeant et buvant du vin chez leur frère aîné, et voilà qu’un grand vent s’est élevé de l’autre côté du désert, et a saisi les quatre coins de la maison, ; elle s’est écroulée sur les jeunes gens et ils sont morts, moi seul, en ai réchappé, pour te l’annoncer !
Alors Job se leva, il déchira son manteau et se rasa la tête ; puis, se jetant par terre, il adora et dit :
— Nu je suis sorti du sein de ma mère et nu j’y retournerai. YHWH a donné, YHWH a ôté, que le nom de YHWH soit béni.
En tout cela, Job ne pécha point et ne dit rien d’insensé contre Dieu.

On en fait douloureusement l’expérience tous les jours : nous sommes constamment exposés à la souffrance et au mal. Pourquoi ?
Comment est-ce possible que des innocents souffrent ?
En constatant les horreurs quotidiennes à travers le monde, comment peut-on croire que Dieu existe ?
Est-il responsable du mal ? Ou bien est-il impuissant ?
Voilà les grandes questions qui traversent et animent tout le Livre de Job, dans l’Ancien Testament.
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Dès les premiers versets du premier chapitre, Job est décrit comme un homme intègre et droit, fidèle à Dieu et s’écartant du mal. Il est marié et son mariage est très fécond puisqu’il est père de 10 enfants. Par ailleurs, il possède un troupeau de bétails considérable.
Job est prospère, honnête et fécond. Autrement dit, c’est l’homme parfait, un modèle de vertu, bon mari et bon père. Ce portrait impeccable est d’ailleurs un indice pour nous faire comprendre que ce récit n’a rien d’historique. Il s’agit d’un conte, sur le modèle du « il était une fois ». D'ailleurs, Job n'est pas un Israélite. Bref, c'est un récit universel.
Job est un homme juste à qui tout réussit.
Mais voici que surgissent une accusation et un soupçon...
Mener une vie juste quand tout va bien, d’accord. Mais qu’en est-il quand tout s’effondre ? Ne croit-on en Dieu que lorsqu’on a les moyens d’aller bien ?
Voilà l’objection que Satan adresse à Dieu à propos de Job.

Mettons les pieds dans les plats. Pour les croyants, comment Dieu peut-il accepter le « marché » que lui propose le diable ? À première lecture, ce passage est extrêmement choquant.
Pourtant, remarquez que Dieu demeure souverain. Certes, il consent à malmener et éprouver Job, mais c’est lui qui fixe le cadre et pose les limites (en l’occurrence, ne pas intenter à sa vie). Autrement dit, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas le diable mais bien Dieu qui mène l’échange.
Mais ça ne résout pas la question : pourquoi Dieu accepte-t-il de faire souffrir un innocent ?
Il y a un effet d'ironie littéraire : nous, lecteurs, savons que Dieu consent à mettre Job à l’épreuve… pour montrer effectivement que sa justice et sa bonté ne sont pas les simples conséquences de sa situation aisée où tout va bien pour lui. Bien évidemment, Job n'est pas au courant de ces limites et n'a aucune idée de cette discussion.
Paradoxalement, c’est donc une manière pour Dieu de « blanchir » Job du procès d’intention que le diable lui fait, pour montrer à quel point la vertu et la foi de Job ne sont pas liées à sa condition confortable et heureuse.
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Suite du récit… et mise en application de la discussion entre Dieu et le tentateur. En un temps record, la vie de Job est détruite.
Bref : Job a tout perdu. Et pourtant, il fait le deuil de sa vie passée. Au lieu de maudire Dieu, il le bénit :
« Alors Job se leva, il déchira son manteau et se rasa la tête, il se jeta à terre et se prosterna. Puis il dit : "Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris : Que le nom du Seigneur soit béni !"
En tout cela, Job ne commit pas de péché. Il n’adressa à Dieu aucune parole déplacée. » (Jb 1, 20-22)
Conclusion : Job est un modèle de foi et de droiture. Il accepte son sort et respecte Dieu en toute circonstance, y compris au plus profond de la souffrance.
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En lisant la fin du chapitre 1 du livre de Job, on pourrait se dire : la boucle est bouclée. L’histoire de Job, c’est l’histoire d’un homme fidèle à Dieu qui avait tout et qui, même quand il n’a plus rien, reste fidèle à Dieu. CQFD.
On pourrait terminer comme ça. Mais c’est un peu facile. Ça donne un peu l’impression d’une conclusion qui n’a pas traversé les étapes préalables. Une conclusion sans épreuve ni histoire. En bref, une formule dans le vent.
Et vous savez quoi ? Eh bien ce n’est pas la conclusion. Car le Livre de Job est un livre long de 42 chapitres. Donc l’histoire ne s’arrête pas là : Job en passe par la colère, la résignation, le deuil... Dans ces chapitres, Job se débat avec ses amis qui l'accusent d'avoir péché (« on ne souffre pas si l'on n'a pas péché », lui disent-il). Il se débat également avec Dieu.
On vous invite très sérieusement à lire ce livre. Il est tellement dense qu’on a finalement décidé de ne pas le « traiter » en newsletter. Car il y a des questions qu’il faut assumer et affronter, et non pas résoudre. Alors… avec cette brève introduction, on vous envoie traverser les affres qui seules donnent leur saveur aux sommets.
Bonne lecture !

Terminons ce numéro avec la plume d’un philosophe médiéval. Moshe ben Maïmon (plus couramment appelé Moïse Maïmonide ou Rambam) est un médecin, théologien et rabbin du XIIe siècle. Selon lui, il est clair que l’histoire du Livre de Job est une parabole.
« Que Job ait existé ou non, le prologue du livre, je veux dire le discours de Satan, les paroles que Dieu adresse à Satan, Job livré au pouvoir de ce dernier, tout cela, pour tout homme intelligent, est indubitablement une parabole.
Cependant ce n'est pas là une parabole comme il y en a tant, mais une parabole à laquelle se rattachent des pensées profondes, des choses qui forment le mystère de l'univers, et qui sert à éclaircir de grandes obscurités et à manifester les plus hautes vérités. [...]
La première chose qui doit fixer ton attention, ce sont les mots : “Il y avait dans le pays de Hus un homme”, où l'on se sert d'un homonyme, qui est “Hus” ; car c'est à la fois un nom d'homme… et l'impératif d'un verbe exprimant l'idée de réfléchir, méditer, par exemple prenez conseil.
C'est donc comme si l'on disait : Médite sur cette parabole, réfléchis-y, cherche à en pénétrer le sens, et vois quelle est l'opinion vraie. »
Maïmonide (1135-1204), Le guide des égarés, 3, 22. Traduit par Salomon Munk, Paris : Maisonneuve, 1960
