Que signifie l’expression « pêcheur d’hommes » ? Comment Jésus choisis des paires de frères ? Pourquoi appelle-t-il des pêcheurs comme premiers apôtres ?

Le clin d'œil était délicieux. On ne pouvait pas commencer cette newsletter sans une petite pensée pour ce cher Jean-Jacques Goldman… quand il s’agit de parler aujourd’hui d’un certain Jean et d’un certain Jacques !!
Ces deux frères sont en fait des personnages clés de la vie de Jésus.
Mais qui sont-ils ? Comment se retrouvent-ils impliqués dans la vie de Jésus ?
Aujourd'hui, on s'envoooole avec Jean-Jacques vers des réponses à nos questions 🪽
Contexte : Jean-Baptiste (le cousin de Jésus qui baptise les gens dans le Jourdain) a été arrêté et décapité par le roi Hérode de Galilée.
Quand Jésus entendit que Jean avait été livré, il se retira en Galilée. Et quittant la ville de Nazareth il vint habiter à Capharnaüm, au bord de la mer, dans les régions de Zabulon et de Nephtali. […]
Dès lors Jésus commença à prêcher et à dire :
— Faites pénitence car le royaume des cieux s’est approché.
Or, en marchant le long de la mer de Galilée il vit deux frères, Simonappelé « Pierre », et André son frère, qui jetaient un filet dans la mer, car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit :
— Venez derrière moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes.
Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent.
Et, avançant à partir de là, il vit deux autres frères Jacques, le fils de Zébédée, et Jean son frère dans la barque, avec Zébédée leur père, réparant leurs filets et il les appela.
Eux, aussitôt, laissant filets et père, le suivirent.

Tout comme Jacques et Jean, Simon et André sont frères. Niveau professionnel, tous sont des marins d’eau douce : ils sont pêcheurs sur le Lac de Tibériade, en Galilée, dans la région où grandit Jésus.
Un beau jour, alors que les uns jettent leurs filets et que les autres réparent les leurs, Jésus débarque dans leur vie et leur demande de le suivre. La réaction est immédiate :
L’immédiateté de cet engagement souligne l'essentiel : venant de Jésus, un regard et une parole suffisent. Ils posent alors un acte de foi et suivent cet homme inconnu qui les appelle.
On peut s’étonner du peu de détails de ce passage. Jésus passe par là, il voit deux fois deux frères, il leur parle… et hopla ceux-ci se mettent aussitôt à le suivre, à brûle-pourpoint.
Bref, un halo de mystère entoure ce double récit de vocation.
Leur réaction implique d’ailleurs un abandon (comme pour Abraham et tant d'autres) : chacun d’eux renonce à sa vie de pêcheur entre tilapia, daube et dorade… et « laisse » sa vie d’avant pour rejoindre le Christ.

Dans l'évangile de Matthieu, Simon, André, Jacques et Jean sont les premiers à être appelés par Jésus pour le suivre. Ils tiennent donc une place essentielle parmi les douze apôtres.
On peut d'ailleurs remarquer que Jésus commence par appeler des paires de frères pour être ses disciples. Il s’appuie donc dès le début sur ce lien de fraternité pour composer son groupe le plus proche.
À bien y regarder, l'appel des quatre frères provoque dans leur vie un changement caractérisé autant par la rupture que par la continuité.
**Attention, la confusion est malheureusement fréquente mais le mot « pêcheur » n'a rien à voir avec le mot « pécheur » qui se réfère au péché (c'est-à-dire la faute et la rupture de la relation à Dieu). Voilà, petite clarification au passage — l'orthographe c'est important et ça évite les malentendus !

Jésus parle donc à des « pêcheurs » (de poissons) et il leur dit :
« Venez derrière moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » (Mt 4, 19)
Quel est le sens de cette drôle d'expression ? Et depuis quand les hommes sont-ils des poissons à récupérer dans des filets jetés en mer ?
Ici, Jésus parle bien entendu par métaphore... mais cette expression symbolique est aussi une annonce de ce qui viendra par la suite. Elle suggère 3 choses essentielles :
La mission que Jésus confie ici à quatre de ses disciples se retrouvera autrement, à la toute fin de l'évangile de Matthieu... Il parle alors aux onze apôtres et les « envoie » :
« Allez, faites des disciples de toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici : moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20)


Pour conclure, revenons-en à l'une des deux fratries. Car Jacques et Jean sont des proches de Jésus… mais leur mère n’est pas en reste ! Peu de temps avant la Passion, en route vers Jérusalem, elle fait même une étonnante et audacieuse demande à Jésus :
« Alors s'approcha de Jésus la mère des fils de Zébédée avec ses fils. Elle se prosterna et lui demanda quelque chose. Il lui dit : “Que veux-tu ?”
Elle lui dit : “Dis que mes deux fils que voici siègent un à ta droite et un à ta gauche dans ton royaume.” » (Mt 20, 20-21)
La mère de Jacques et Jean n’est donc pas une inconnue. Elle ose s’adresser au Christ et pose un acte de foi étonnant. Mais ce n’est pas tout ! Elle est aussi présente au moment de la mort de Jésus sur la croix.
« Étaient là aussi de nombreuses femmes observant à distance, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée en le servant — parmi lesquelles se trouvaient Marie la Magdeleine et Marie, mère de Jacques et de José, et la mère des fils de Zébédée. » (Mt 27, 55-56)
Selon la tradition chrétienne, cette femme s'appelle Marie-Salomé et elle fait partie de celles qui constatent le tombeau vide le matin de la Résurrection. Elle suit donc Jésus jusqu’à la fin, signe de sa foi et de son attachement au Christ.
Finalement, cette page d'évangile (et celles qu'on a parcourues en sautant quelques chapitres) nous suggère que suivre le Christ et annoncer la bonne nouvelle de sa Résurrection... ça peut aussi se faire en famille !
Pour conclure, revenons sur l'expression « pêcheurs d'hommes ». On fait appel aux Anciens et on laisse Origène au micro :
« Il est rapporté dans l'Évangile de Matthieu que notre Sauveur vint au bord de la mer de Galilée et vit Simon et André, son frère, lançant un épervier dans la mer, car ils étaient pêcheurs (Mt 4,18), puis la Parole ajoute que le Sauveur en les voyant leur dit : ''Suivez-moi, je vous ferai pêcheurs d'hommes. Et ceux-ci, laissant leurs filets, le suivirent'' (Mt 4,19s). Alors Jésus leur fit reprendre la pêche pour pêcher des hommes. Il trouva encore deux autres frères, Jacques fils de Zébédé et Jean son frère, préparant leurs filets dans leur barque avec leur père, et il les appela (Mt 4,21) à la même science. Il les fit, eux aussi, pêcheurs d'hommes.
Si l'on réfléchit à ceux qui ont reçu de Dieu un don de parole tressé à la manière d'un filet et fait, tel un épervier, d'un entrelacement de paroles tirées des Écritures Sacrées, et de telle sorte qu'il enserre dans ses mailles les âmes des auditeurs, et si l'on réfléchit que cela requiert de l'habileté dans la science enseignée par Jésus, on verra que ce n'est pas seulement à cette époque-là mais maintenant encore que notre Sauveur envoie des pêcheurs d'hommes après les avoir éduqués afin que nous puissions sortir de la mer et fuir l'amertume de ses flots. »
Origène (185-253) Homélies sur Jérémie, 16,1 (SC 232, 238), Paris : Cerf 1976-1977. Traduction et édition : Pierre Husson et Nautin Pierre
