C’est quoi un « pêcheur d’hommes » ?

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Que signifie l’expression « pêcheur d’hommes » ? Comment Jésus choisis des paires de frères ? Pourquoi appelle-t-il des pêcheurs comme premiers apôtres ?

4 minutes et 23 secondes avec Jean-Jacques Goldman, Le Caravage, Guido Reni et Origène
Dernière mise à jour -  
24/4/2026

Un prénom composé, ça compte double ?

Le clin d'œil était délicieux. On ne pouvait pas commencer cette newsletter sans une petite pensée pour ce cher Jean-Jacques Goldman… quand il s’agit de parler aujourd’hui d’un certain Jean et d’un certain Jacques !!

Ces deux frères sont en fait des personnages clés de la vie de Jésus.

Mais qui sont-ils ? Comment se retrouvent-ils impliqués dans la vie de Jésus ?

Aujourd'hui, on s'envoooole avec Jean-Jacques vers des réponses à nos questions 🪽

Le texte biblique qui raconte l’appel de deux paires de frères pêcheurs

Contexte : Jean-Baptiste (le cousin de Jésus qui baptise les gens dans le Jourdain) a été arrêté et décapité par le roi Hérode de Galilée.

Quand Jésus entendit que Jean avait été livré, il se retira en Galilée. Et quittant la ville de Nazareth il vint habiter à Capharnaüm, au bord de la mer, dans les régions de Zabulon et de Nephtali. […]

Dès lors Jésus commença à prêcher et à dire :
— Faites pénitence car le royaume des cieux s’est approché.

Or, en marchant le long de la mer de Galilée il vit deux frères, Simonappelé « Pierre », et André son frère, qui jetaient un filet dans la mer, car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit :
— Venez derrière moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes.

Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent.

Et, avançant à partir de là, il vit deux autres frères Jacques, le fils de Zébédée, et Jean son frère dans la barque, avec Zébédée leur père, réparant leurs filets et il les appela.

Eux, aussitôt, laissant filets et père, le suivirent.

Évangile de Matthieu, chapitre 4, versets 12-15 et 17-22. Traduit du grec par les équipes du programme de recherches La Bible en ses Traditions.

L’appel des 2 x 2 frères

Edward Armitage (1817-1896), Le Christ appelant les apôtres Jacques et Jean (1869, huile sur toile, 106 x 72 cm), Musée de Sheffield (Angleterre). Domaine public.

Quatre marins d'eau douce

Tout comme Jacques et Jean, Simon et André sont frères. Niveau professionnel, tous sont des marins d’eau douce : ils sont pêcheurs sur le Lac de Tibériade, en Galilée, dans la région où grandit Jésus.

Un beau jour, alors que les uns jettent leurs filets et que les autres réparent les leurs, Jésus débarque dans leur vie et leur demande de le suivre. La réaction est immédiate :

  • Simon et André : « Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent » (Mt 4, 20)
  • Jacques et Jean : « Eux, aussitôt, laissant filets et père, le suivirent » (Mt 4, 22)

L’immédiateté de cet engagement souligne l'essentiel : venant de Jésus, un regard et une parole suffisent. Ils posent alors un acte de foi et suivent cet homme inconnu qui les appelle.

On peut s’étonner du peu de détails de ce passage. Jésus passe par là, il voit deux fois deux frères, il leur parle… et hopla ceux-ci se mettent aussitôt à le suivre, à brûle-pourpoint.

Bref, un halo de mystère entoure ce double récit de vocation.

Leur réaction implique d’ailleurs un abandon (comme pour Abraham et tant d'autres) : chacun d’eux renonce à sa vie de pêcheur entre tilapia, daube et dorade… et « laisse » sa vie d’avant pour rejoindre le Christ.

Marco Basaiti (1470-1530), La vocation des fils de Zébédée (1510, huile sur panneau, 386 x 268 cm), Galeries de l'Académie de Venise (Italie). Domaine public.

Entre rupture et continuité

Dans l'évangile de Matthieu, Simon, André, Jacques et Jean sont les premiers à être appelés par Jésus pour le suivre. Ils tiennent donc une place essentielle parmi les douze apôtres.

On peut d'ailleurs remarquer que Jésus commence par appeler des paires de frères pour être ses disciples. Il s’appuie donc dès le début sur ce lien de fraternité pour composer son groupe le plus proche.

À bien y regarder, l'appel des quatre frères provoque dans leur vie un changement caractérisé autant par la rupture que par la continuité.

  • La rupture est soulignée par l'extrême rapidité de la scène. Celle-ci est simplifiée presque à l'excès : aucun détail sur l'état d'esprit de ces frères ni sur leur réaction.
  • La continuité est soulignée par la répétition du terme « pêcheurs »... dans une sorte de jeu de mots intrigant. De « pêcheurs » de poiscaille, ils sont appelés à devenir « pêcheurs d'hommes ».

**Attention, la confusion est malheureusement fréquente mais le mot « pêcheur » n'a rien à voir avec le mot « pécheur » qui se réfère au péché (c'est-à-dire la faute et la rupture de la relation à Dieu). Voilà, petite clarification au passage — l'orthographe c'est important et ça évite les malentendus !

Le Petit Pêcheur, c'est le titre phare (c'est le cas de le dire) de Manon Lisa... "C'est l'histoire d'un petit pêcheur", c'est le cas de la fratrie de ce numéro !

Euh... « pêcheurs d'hommes », c'est-à-dire ?

Jésus parle donc à des « pêcheurs » (de poissons) et il leur dit :

« Venez derrière moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » (Mt 4, 19)

Quel est le sens de cette drôle d'expression ? Et depuis quand les hommes sont-ils des poissons à récupérer dans des filets jetés en mer ?

Ici, Jésus parle bien entendu par métaphore... mais cette expression symbolique est aussi une annonce de ce qui viendra par la suite. Elle suggère 3 choses essentielles :

  • 1) Un changement de vocation : du métier de pêcheur, Simon, André, Jacques et Jean reçoivent désormais la mission d'apôtres « à temps plein » !
  • 2) Une annonce du salut : la « pêche » devient une image de leur future mission qui consiste à « sortir les hommes de l'eau » (symbole de la mort, coucou la Mer Rouge), pour les introduire dans la barque de l'Église (coucou la tempête apaisée).
  • 3) Une initiative divine : détail fondamental... c’est Jésus qui fait d’eux des « pêcheurs d’hommes ». C'est donc l'appel de Jésus (et donc, pour les croyants, l'appel de Dieu) qui fonde la légitimité et l'autorité des apôtres.

La mission que Jésus confie ici à quatre de ses disciples se retrouvera autrement, à la toute fin de l'évangile de Matthieu... Il parle alors aux onze apôtres et les « envoie » :

« Allez, faites des disciples de toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici : moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19-20)
Guido Reni (1575-1642), Saint Jacques le Majeur (1636, huile sur toile, 132 x 99 cm), Museum of Fine Arts, Houston (États-Unis). Domaine public.Parfois appelé « Jacques le fils de Zébédée » ou encore « Jacques le Majeur » (pour ne pas le confondre avec l'autre Jacques qui fait partie des douze apôtres), voici saint Jacques, le fameux bonhomme enterré à Compostelle, en Espagne. C'est donc lui le frère de Jean... et le troisième larron dans l'expression « Pierre, Paul, Jacques ».
Hans von Kulmbach (1480-1522), Marie-Salomé avec Zébédée et leurs fils Jacques et Jean (1511, huile sur panneau, 58 x 35 cm), Saint Louis Art Museum, Saint-Louis, Missouri (États-Unis). Domaine public. Aviez-vous remarqué le bâton que le jeune Jacques tient dans ses mains... aussi bien dans ce tableau que dans celui de Guido Reni ? Bon, maintenant que vous l'avez à l'œil : pourquoi un bâton ? Eh bien pour faire référence au chemin de Saint-Jacques de Compostelle, pèlerinage qui se termine à l'église construite en l'honneur de cet apôtre fameux !

La mère des fils de Zébédée, une fidèle de la première heure

Pour conclure, revenons-en à l'une des deux fratries. Car Jacques et Jean sont des proches de Jésus… mais leur mère n’est pas en reste ! Peu de temps avant la Passion, en route vers Jérusalem, elle fait même une étonnante et audacieuse demande à Jésus :

« Alors s'approcha de Jésus la mère des fils de Zébédée avec ses fils. Elle se prosterna et lui demanda quelque chose. Il lui dit : “Que veux-tu ?”
Elle lui dit : “Dis que mes deux fils que voici siègent un à ta droite et un à ta gauche dans ton royaume.” » (Mt 20, 20-21)

La mère de Jacques et Jean n’est donc pas une inconnue. Elle ose s’adresser au Christ et pose un acte de foi étonnant. Mais ce n’est pas tout ! Elle est aussi présente au moment de la mort de Jésus sur la croix.

« Étaient là aussi de nombreuses femmes observant à distance, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée en le servant — parmi lesquelles se trouvaient Marie la Magdeleine et Marie, mère de Jacques et de José, et la mère des fils de Zébédée. » (Mt 27, 55-56)

Selon la tradition chrétienne, cette femme s'appelle Marie-Salomé et elle fait partie de celles qui constatent le tombeau vide le matin de la Résurrection. Elle suit donc Jésus jusqu’à la fin, signe de sa foi et de son attachement au Christ.

Finalement, cette page d'évangile (et celles qu'on a parcourues en sautant quelques chapitres) nous suggère que suivre le Christ et annoncer la bonne nouvelle de sa Résurrection... ça peut aussi se faire en famille !

Le mot de la fin 🖋️

Pour conclure, revenons sur l'expression « pêcheurs d'hommes ». On fait appel aux Anciens et on laisse Origène au micro :

« Il est rapporté dans l'Évangile de Matthieu que notre Sauveur vint au bord de la mer de Galilée et vit Simon et André, son frère, lançant un épervier dans la mer, car ils étaient pêcheurs (Mt 4,18), puis la Parole ajoute que le Sauveur en les voyant leur dit : ''Suivez-moi, je vous ferai pêcheurs d'hommes. Et ceux-ci, laissant leurs filets, le suivirent'' (Mt 4,19s). Alors Jésus leur fit reprendre la pêche pour pêcher des hommes. Il trouva encore deux autres frères, Jacques fils de Zébédé et Jean son frère, préparant leurs filets dans leur barque avec leur père, et il les appela (Mt 4,21) à la même science. Il les fit, eux aussi, pêcheurs d'hommes.

Si l'on réfléchit à ceux qui ont reçu de Dieu un don de parole tressé à la manière d'un filet et fait, tel un épervier, d'un entrelacement de paroles tirées des Écritures Sacrées, et de telle sorte qu'il enserre dans ses mailles les âmes des auditeurs, et si l'on réfléchit que cela requiert de l'habileté dans la science enseignée par Jésus, on verra que ce n'est pas seulement à cette époque-là mais maintenant encore que notre Sauveur envoie des pêcheurs d'hommes après les avoir éduqués afin que nous puissions sortir de la mer et fuir l'amertume de ses flots. »

Origène (185-253) Homélies sur Jérémie, 16,1 (SC 232, 238), Paris : Cerf 1976-1977. Traduction et édition : Pierre Husson et Nautin Pierre

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