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Yom Kippour : pourquoi l'appelle-t-on la fête du grand pardon ?

Que célèbrent les Juifs lors de Yom Kippour, fête du grand pardon ? Quel est le lien avec l'expression « être un bouc-émissaire » ? Cette célébration a-t-elle un sens chez les Chrétiens ?

4 minutes et 1 seconde avec Nina Simone, Pierce Brosnan, René Girard
Dernière mise à jour -  
5/10/2022

Nina Simone chante le péché


En 1962, l'immense Nina Simone chante Sinnerman : l’histoire d’un homme ayant péché et qui ne sait plus où courir pour trouver son salut. Ce titre deviendra d'ailleurs la bande-originale du film Thomas Crown avec le grand Pierce Brosnan en 1999. Bref, un morceau d'histoire pour commencer en musique !

Le texte biblique qui raconte les traditions de Yom Kippour

Lorsqu’il aura achevé l’expiation du sanctuaire, de la tente de Rencontre et de l’autel, il présentera le bouc vivant. Aaron posera les deux mains sur la tête du bouc vivant, il confessera sur lui toutes les fautes des enfants d’Israël et toutes leurs transgressions, et tous leurs péchés — il les mettra sur la tête du bouc et il l’enverra ensuite au désert par un homme tout prêt. Le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes dans une terre inhabitée, et on lâchera le bouc dans le désert.

Alors Aaron entrera dans la tente de Rencontre, il quittera les vêtements de lin qu’il avait revêtus pour entrer dans le sanctuaire et, les ayant déposés là, il baignera son corps dans l’eau en un lieu saint et reprendra ses vêtements. Il sortira, offrira son holocauste et celui du peuple, fera l’expiation pour lui et pour le peuple, et fera fumer sur l’autel la graisse du sacrifice pour le péché. […]

Ceci sera pour vous une loi perpétuelle : au septième mois, le dixième jour du mois, vous affligerez vos âmes et ne ferez aucun ouvrage, ni l’indigène, ni l’étranger qui séjourne au milieu de vous. Car en ce jour on fera l’expiation pour vous, afin de vous purifier— vous serez purifiés de tous vos péchés devant YHWH. Ce sera pour vous un sabbat-des-shabbats, et vous affligerez vos âmes. C’est une loi perpétuelle.

Chapitre 16, versets 20-25.29-31 du Lévitique dans l'Ancien Testament, Traduit par les équipes de notre programme de recherches La Bible en ses traditions.

Que fêtent les Juifs lors de Yom Kippour ?

William Holman Hunt (1827-1910), Le bouc émissaire (1854, huile sur toile), Lady Lever Art Gallery, Port Sunlight, Merseyside (Royaume-Uni). Domaine public.

Yom Kippour, la fête du Grand Pardon

Yom Kippour est le « Jour de l'Expiation » (ou « du Pardon »). Le peuple se souvient de tous ses péchés et demande à Dieu son pardon.

La fête de Yom Kippour, c'est est la fête juive par excellence. C’est le jour le plus solennel et le plus observé de l’année juive, même par les non-pratiquants : à Jérusalem, la circulation est réduite à néant dans la partie israélienne.

Pour les chrétiens, c'est un jour d'une très profonde signification, car le Nouveau Testament comprend la mort et la résurrection de Jésus comme le Kippour définitif et l'ultime « Sabbat des sabbats ». Allez, on vous explique tout ça.

Envoi bouc émissaire sacrifice Yom Kippour boucherie sang péchés William Holman Hunt
William James Webb (1830-1904), L'envoi du bouc émissaire (gravure datée d'avant 1904). Domaine public.

Yom Kippour et le sacrifice du bouc-émissaire

Le premier sacrifice

Le Temple de Jérusalem a existé jusqu’au Ier siècle après Jésus-Christ. C’est là que se déroulait la liturgie de Yom Kippour. Elle suivait les nombreuses prescriptions du chapitre 16 du Lévitique (nous avons coupé le texte car il est plutôt long !). C’était, en caricaturant à peine, une boucherie géante : on y sacrifiait des taureaux, des boucs en aspergeant l’autel de leur sang ainsi que toute l’enceinte.

Comme le grand-prêtre était le seul à pouvoir réaliser tous ces sacrifices dans de beaux vêtements de lin, il passait sa journée à se laver et changer de vêtement entre chaque rituel. L’expression « bouc-émissaire » vient précisément des sacrifices de Yom Kippour. On prenait un bouc et on mettait symboliquement sur lui tous les péchés du peuple, puis on l’envoyait au désert, pour l'expulser de l'espace où vivent les croyants.

James Tissot (1836-1902), Agnus-Dei. Le bouc émissaire. (1894, aquarelle, mine de plomb et blanc opaque sur papier vélin), Brooklyn Museum, New-York (États-Unis).

Le jeûne intégral

Aujourd’hui, la veille de la fête est l’occasion d’un bon repas car Kippour est un jour de jeûne intégral : les Juifs ne mangent pas pendant ces 2 jours de fête. Puisque le Temple n’existe plus, on se réunit toute la journée à la Synagogue où :

  • On rappelle tous les péchés du peuple en les nommant un par un par ordre alphabétique.
  • On fait le récit de tous les actes rituels qui étaient pratiqués au Temple en les mimant. Le récit remplace la célébration en utilisant gestes et symboles.
Maurycy Gottlieb (1856-1879), Juifs priant à la Synagogue pour Yom Kippour (1878, huile sur toile 245 x 192 cm), Tel Aviv Museum of Art, Tel-Aviv (Israël). Domaine public.

Le Christ et Yom Kippour

Plusieurs passages du Nouveau Testament montrent que les premiers chrétiens, c’est-à-dire les premiers Juifs qui reconnurent le Messie en Jésus, utilisèrent le récit et la liturgie de Yom Kippour pour comprendre sa mort sur la croix. Le texte qui utilise le plus la référence à Yom Kippour est l’Épître aux Hébreux (He 9, 1-28) :

  • Il souligne le fait que le sacrifice de Jésus en croix a eu lieu une seule fois dans l’histoire, comme Yom Kippour a lieu une seule fois par an ;
  • Il a eu lieu hors de la ville, au Golgotha comme l’expulsion du bouc-émissaire ;
  • Par sa Résurrection, Jésus entre dans le vrai sanctuaire (le Ciel) et intercède pour les hommes, comme le grand-prêtre le faisait dans le temple de pierres de Jérusalem.

Yom Kippour et les péchés du monde

Cette fête introduit la figure du bouc-émissaire qui prend sur lui tous les péchés du peuple. Pour les croyants chrétiens, cette figure est finalement assumée par Dieu lui-même en la personne de Jésus crucifié.

Franscisco de Zurbarán (1598-1664), Agnus dei (huile sur toile, entre 1635 et 1640), Musée du Prado, Madrid (Espagne). Wikicommons © Domaine public

Le mot de la fin

Au soir de Yom Kippour, les Juifs se réunissent et récitent la prière du « Kol Nidré » : il s'agit d'un moment public et communautaire d'humilité et de reconnaissance envers la bonté de Dieu. On laisse la rabbin Delphine Horvilleur conclure à ce sujet :

« Kol nidre, vessarei, veh’aramane, vekouname… Le rituel est toujours le même. Un tribunal se réunit symboliquement à la tombée de la nuit et chacun est convoqué pour y reconnaître ses fautes et tenter d’obtenir pardon. La mélodie est poignante et le texte invite chaque juif à reconnaître combien ses paroles ont été vaines, et ses promesses futiles. Un procès public s’ouvre et tous plaident coupables. »

Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts, Paris, Grasset, 2021, p. 98

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