Jésus et la Samaritaine : tout ça parce qu'Il avait soif

Sur le papier, Jésus rencontre une Samaritaine, c'est tout. Mais quels sont les précédents historiques entre juifs et Samaritains ? En quoi l'attitude de Jésus est-elle inattendue ?

4 minutes et 26 secondes avec Aretha Franklin, La Samaritaine, Rembrandt et une prière syriaque
Dernière mise à jour -  
15/10/2020

Aretha Franklin pour savourer ce passage en mémoire de la Samaritaine

Quand la grande Aretha Franklin chante qu'à tout moment, en tout lieu, elle dit une petite prière pour son bien-aimé, elle applique en fait le conseil du Christ à la Samaritaine ! Allez écouter ce petit bijou !

Le texte biblique qui raconte la rencontre entre Jésus et la Samaritaine

On a volontairement découpé l’Évangile en petits morceaux pour attirer votre attention sur un point précis.

Verset 5 à 7 :

Il arrive alors dans une ville de Samarie appelée Sychar, proche de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph : c’était là que se trouvait la source de Jacob. Épuisé par la fatigue de la marche, Jésus s’était assis simplement sur le puits : c’était environ la sixième heure. Or voilà qu’une femme de Samarie vient puiser de l’eau. Jésus lui dit :

– Donne-moi à boire.

Verset 9 :

La samaritaine lui dit  :

– Comment oses-tu, toi qui es juif, me demander de l’eau puisque je suis samaritaine?

Les juifs en effet évitent tout contact avec les samaritains.

Verset 19 à 23 :

La femme lui dit :

– […] Nos pères, c’est sur ce mont qu’ils ont adoré ; mais vous, vous prétendez que le lieu où il faut adorer se trouve à Jérusalem.

Jésus lui répond :

– Crois-moi : l’heure approche, femme, où ce n’est ni sur ce mont, ni à Jérusalem, que vous adorerez le Père. Vous adorez, vous, ce que vous ignorez, nous adorons, nous, ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure approche, la voici, maintenant, où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. Le Père, en fait, recherche de tels adorateurs.

Chapitre 4 de l'Évangile selon saint Jean, dans le Nouveau Testament. Traduit du texte grec par les équipes de notre programme de recherches La Bible en ses traditions.

L'éclairage

Chef-d'oeuvre parisien architecture magasin La Samaritaine
La Samaritaine s'attendait-elle à donner nom à l'un des chefs-d'oeuvre parisien de l'architecture art déco ? Le plus grand magasin de la capitale a été construit près d'une très ancienne pompe à eau qui s'appelait La pompe de la Samaritaine en mémoire de cet épisode. D'où son nom...

Histoire d'un vieux contentieux entre juifs et Samaritains

Clairement, le texte de l’Évangile rend compte d’un contentieux féroce entre les Samaritains et les juifs…
De quoi s’agit-il au juste ?

Sous Saül, David et Salomon, selon la Bible, il existait un royaume uni qui connut ensuite une division. Samarie était la capitale du Royaume d'Israël, tandis que Jérusalem était la capitale du Royaume de Juda : on appelait leurs habitants respectifs samaritains et judéens (c'est-à-dire juifs).

Carte Royaume Israël Samaritain Royaume de Judée
La petite carte qui va bien pour visualiser...

Le mont Garazim, un privilège contesté

L’un des privilèges revendiqués par Jérusalem est d’être le seul lieu où l’on peut pratiquer la liturgie du Temple. C’est le Sanctuaire avec un grand S.

Or, Samarie a la même prétention pour sa montagne sainte, le mont Garizim. Et, malgré sa chute et sa perte d’importance au cours de l’histoire, les Samaritains pensent qu'ils possèdent toujours le seul et vrai sanctuaire.

C’est ce que signifie cette femme quand elle déclare à Jésus :

« Nos pères, c'est sur ce mont qu'ils ont adoré ; mais vous, vous prétendez que le lieu où il faut adorer se trouve à Jérusalem. »

Jusqu’à aujourd’hui, les  « Samaritains » continuent à célébrer la liturgie sur le Mont Garizim lors de la fête de la Pâque.
C’est d’ailleurs un témoignage potentiellement intéressant, de ce que pouvait être la liturgie du Temple de Jérusalem : une vraie boucherie.🔪

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Petit rappel au cas où vous l'auriez oublié :

  • La liturgie sacrificielle du Temple est différente de la liturgie des synagogues.
  • Cette pratique a disparu avec la destruction du Temple de Jérusalem par l'armée romaine.
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Peintre inconnu, Le Christ et la Samaritaine (XVIIème siècle).

Le gros bouleversement initié par Jésus

Géographie et adoration

« Crois-moi : l’heure approche, femme, où ce n’est ni sur ce mont, ni à Jérusalem, que vous adorerez le Père. […] Mais l’heure approche, la voici, maintenant, où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. Le Père, en fait, recherche de tels adorateurs. »

Cette réponse de Jésus à la Samaritaine indique un gros bouleversement : la véritable adoration ne dépend pas d’un lieu géographique, mais d’une disposition intérieure.

Le Christ ne méprise pas le caractère sacré de la liturgie du Temple qu’il connaît bien pour l’avoir vécue toute sa vie.
Les rites ne lui sont pas étrangers et il ne manque pas de venir à Jérusalem pour chaque fête. Mais il indique que le culte va bientôt se faire en tout lieu. Cela a deux conséquences majeures :

  • Désormais, Jérusalem n’est plus le centre exclusif du culte qui pourra être célébré en tout lieu, ce qui est le cas dans toutes les églises du monde pour les chrétiens. Pour le judaïsme postérieur, depuis la chute du Temple de Jérusalem, ce culte sacrificiel ne peut plus être pratiqué.
  • Le critère de la véritable adoration est avant tout intérieur : c’est chaque homme qui en est responsable. L'homme ne peut se contenter d’une participation extérieure : tout son être est impliqué, « en esprit et vérité ».
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Rembrandt (1606-1669), Le Christ et la Samaritaine (XVIIème siècle, gravure), collection privée.

Adoration et conversion intérieure : un thème majeur

Jésus, dans le même Évangile, a déjà abordé ce thème:

« Détruisez ce Temple et je le relèverai en trois jours. » (Évangile selon saint Jean, chapitre 2, verset 19)

Le Christ indiquait que le Temple parfait, c'est son corps, et que le culte ultime, c'est son propre sacrifice.

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Angelica Kauffmann  (1741-1807), Jésus et la Samaritaine au puits (1796, huile sur toile), Neue Pinakothek (Nouvelle Pinacothèque), Munich, Allemagne.

Le mot de la fin

Toutes ces considérations nous ont mené vers cette admirable prière de la liturgie syriaque qui remet les choses à leur place :

« La toute-puissance de Dieu aurait pu s'élever une demeure aussi aisément que, d'un geste, elle a donné l'existence à l'univers.

Mais Dieu a bâti l'homme afin que l'homme bâtisse des demeures pour lui. Bénie soit sa clémence qui nous a tant aimés ! Il est infini ; nous sommes limités. Il construit pour nous le monde ; nous lui construisons une maison.

Il est admirable que l'homme puisse bâtir une demeure à la Toute-puissance
partout présente, à qui rien ne saurait échapper. »

Prière de l’évêque Balaï (Vème siècle) pour la dédicace d'une église dans Prières des premiers chrétiens, Desclée de Brouwer, Paris, 1981

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